"Le Banquet", de Platon, sa lecture et son analyse, censurées au Texas...
un professeur de Philosophie subit une remontrance et une interdiction de...
1/21/20265 min leer
Au Texas, à l'Université Texas A&M, un professeur de Philosophie, Martin Peterson, a annoncé que dans son programme de cours, il allait faire travailler à ses élèves, "Le Banquet" de Platon. Mais en novembre 2025, l'Etat du Texas a imposé l'interdiction d'enseigner " l'idéologie raciale et de genre ", sauf accord préalable. C'est à l'unanimité que le Conseil d'Administration de cette Université a adopté deux directives, dont le principe unique signifie un contrôle absolu des enseignements, sens et contenu, par la dite Université. Les professeurs ont majoritairement rejeté cette intention, puisque deux professeurs seulement l'ont approuvé. Le président du bureau du CA, Sam Torn, a accompagné cette décision d'un engagement à surveiller, contrôler, drastiquement, les enseignements : "Le conseil d'administration a convenu qu'il était essentiel pour le Texas A&M University System d'affiner les politiques existantes et d'ininer la voie avec un examen approfondi et répétable de nos cours afin que nous puissions, en termes simples, nous assurer que nous éduquons, et non défendons, et que nous enseignons ce que nous disons que nous allons enseigner ", a déclaré Torn. En amont, des polémiques sur "le genre" ont déjà conduit au licenciement de plusieurs professeurs.
Aux Etats-Unis, et la France a suivi, là aussi, une fois de plus, les polémiques entretenues par des politiciens et des activistes, sur et contre le "wokisme", ont déjà conduit à des décisions de censure. La différence entre les Etats-Unis et la France réside dans l'intensité avec laquelle une certaine liberté académique, avec, par voie de conséquence, la résistance opposée à ces pressions. Une certaine liberté académique : avec ces éléments d'identification/accusation, comme " l'idéologie raciale et de genre ", ce sont des sujets politiques qui sont visés, mis en cause, mais d'autres ne le sont pas, au contraire. Par exemple, un enseignement d'Histoire des Etats-Unis et de l'Europe, avec un discours sur "l'héroïsme" des "Pères fondateurs", des colons européens, etc, sera promu; l'enseignement de l'égoïsme radical, tel que défini et défendu par Ayn Rand, est promu partout. Etc. : la liste serait très longue. Donc, nous avons des lieux d'enseignement qui assument très clairement de promouvoir des enseignements politisés, les leurs, et pour cela, les restrictions étaient jusqu'ici moins limitées, mais elles redeviennent plus limitées. Parce que, c'est au pays du maccarthysme permanent, que ces restrictions existaient déjà, mais là, se révèlent de manière emblématique, en mettant en cause l'un des fondateurs de la liberté de penser en acte, sur et contre sa propre communauté.
Parce que Platon, dans la foulée de Socrate, a exprimé ce qui mérite d'être appelée une pensée, parce qu'il s'agissait d'une critique, et d'une critique argumentée; une critique, pas énoncée pour le plaisir de critiquer, mais en raison de motifs sérieux, et ce pour aider sa communauté à ne pas se tromper d'analyses et d'objectifs. Dans la défense de son travail, Martin Peterson fait référence à l'enseignement et à la liberté des professeurs : en rappelant que Platon a fondé la première Université/école de notre histoire mondiale (en y acceptant des étudiantes, par des enseignements gratuits), en remplaçant ce cours sur et avec Platon, par "par des conférences sur la liberté d'expression et la liberté académique". L'intention se confronte à une véritable difficulté : de manière dominante, il n'y a pas une véritable liberté d'enseignement aux Etats-Unis, parce que le contrôle politique est omniprésent, total, rigoureux. Depuis la fin du Maccarthysme, il y avait plus de possibilités, sujets, qui pouvaient être étudiés, mais, depuis les années Reagan notamment, jusqu'à maintenant, il y a eu une régression permanente, plus intense ces dernières années. Dans cette défense, ce professeur a raison d'évoquer le fait que Platon a lui-même défendu le principe de "la vérité", au-dessus des sensibilités et des préférences : nombre des vérités, démontrées, sont dérangeantes, pour nous tous, pour la majorité, et ce n'est pas parce qu'elles déplaisent à certains qu'il faut ne pas les énoncer, au contraire. " Nous ne rendons pas les universités géniales à nouveau en censurant les classiques ". Et puisque la vérité doit être dite, il est certain que, non, et depuis longtemps, il est certain que " les universités américaines " n'ont pas été " les meilleures au monde ", précisément en raison de ce niveau de censure, d'orientations politiques des cours, en conformité avec le nationalisme des USA. Quand Martin Peterson dit que Platon a rejeté " explicitement la démocratie en faveur des rois philosophes éclairés ", il faut préciser : Platon a rejeté ce qui s'est appelé à Athènes, une " démocratie ", à propos de laquelle nos connaissances historiques ont démontré qu'elle n'était pas ce que nous appelons aujourd'hui ainsi un tel régime, puisque seuls les hommes adultes étaient des citoyens de plein droit. Et, dans ce régime, les différences de richesse économique continuaient de peser sur la vie sociale et politique. En outre, Platon a démontré (à vous de vérifier !), que ce régime s'inscrivait dans une continuité, avec, antérieurement, un régime d'oligarchie-ploutocratie, de riches contre des pauvres, et que le dernier stade de dégénérescence ploutocratique, la tyrannie, était conditionné par ces régimes antérieurs, dont "la démocratie", qui, avec Athènes, était fondamentalement impérialiste. Donc ce que Platon a mis en cause est un régime de fausse(s) égalité(s). Aujourd'hui, ce que Platon dit au livre VIII de La République correspond parfaitement, totalement, au présent des Etats-Unis.
Dans son propos, Martin Peterson tient à démontrer qu'il est un professeur rigoureux, et modéré, et pas un " extrémiste de gauche ". Ni Socrate ni Platon n'ont hésité à dire leur fait, à leurs contemporains : Socrate fut une critique vivante des citoyens-menteurs, qui prétendent tout savoir, avoir tout compris, savoir ce qu'il faut faire, et qui, quand ils sont sommés de s'expliquer, de démontrer leurs certitudes, démontrent en fait que leur pensée est un champ de ruines; Platon a prolongé cela, via ses livres avec Socrate, et par lui-même, son travail, ses propos, en démontrant que les orientations et les choix de ses contemporains reposaient sur des violences et allaient provoquer des violences en retour, et il les a invités à arrêter cela. Dans les Etats-Unis actuels, un tel discours serait, sera, est, forcément, révolutionnaire, puisque ce que cet Etat d'Etats est devenu, est totalement contraire au projet des fondateurs, pèlerins.
S'il faut défendre la "liberté de penser", il faut surtout défendre le fait de " penser ", parce que penser, vraiment, réellement, ne peut se faire à partir des conventions sociales. Au temps de l'esclavage occidental, officiel, LEGAL, il fallait penser l'esclavage, et COMME en Grèce antique, il ne fallait pas soutenir l'esclavage, l'exploitation de personnes appartenant à d'autres cités, communautés, peuples. Ce sujet a clairement séparé Platon d'un Aristote, et pour cause, lui qui fut un défenseur des oligarchies. A l'époque moderne, il fallait aussi être contre l'esclavage officiel, massif, et encore aujourd'hui, alors que ce fait, cette problématique, existent encore - et pas du tout selon les caricatures, réductions, qui sont exprimées à son sujet.
Etant en contact avec Martin Peterson, il y aura un suivi de cette situation, de ce qu'il en a à dire, comme de ce qu'il dira sur des sujets connexes, et sur l'enseignement, aux Etats-Unis et ailleurs, nous continuerons de parler, le plus clairement possible. Comme pour les autres livres de Platon, il y aura des publications sur "Le Banquet", dans les prochains mois, les prochaines années.
