



A propos des "Gardiens", leur théorie/praxis...
Si, après Platon, ce qui est devenu, publiquement et durablement, la « pensée philosophique » a pu se focaliser et se réduire à des analyses et conseils psychologiques, par exemple, afin d’atteindre une « sérénité » personnelle durable, avec des mouvements intellectuels comparables à ce qui, à notre époque, s’est formé et rassemblé sous le titre de « développement personnel », la lecture des Dialogues de Platon, et notamment de La République, oblige à constater que, de sa part, la pensée philosophique n’a pas à être confondue avec une sophistique, donc une marchandisation, notamment de conseils abstraits, « placebo », que tant via le Socrate de ses Dialogues, via ce qu’il exprime et explique de la formation des gardiens dans La République, via ses propres objets d’étude, à partir desquels ses livres ont été formés et comportent tant de significations, que via les études à l’Académie, la pensée philosophique est novatrice et la plus ambitieuse, puisque, comme Socrate l’exprime clairement dans La République, Livre VI, 486a5-6), le philosophe doit avoir l’âme tournée « vers le tout, vers toute réalité divine aussi bien qu’humaine ». Et ainsi, avec et depuis Platon, et même avec Marx, Hegel, nous ne trouvons pas un penseur qui se soit attaché à penser la réalité, les organisations, les organisations des organisations, de la réalité, et les possibilités d’organisation, par des identifications très claires de ce que les uns et les autres sont, peuvent être, font, peuvent faire. Le contraste entre une pensée si pleine de ce qui a été et de ce qui pourrait/devrait être, et des pensées du « bonheur vide », est tel, que certains en sont durablement désarçonnés, et que, hélas, d’une manière comique et tragique à la fois, certains n’hésitent pas à répudier Platon, qui serait trop ceci... ou trop cela..., pour passer une vie à thésauriser le bagage intellectuel squelettique de tel ou tel mouvement post-platonicien. Evidemment, il ne s’agit nullement d’être « platonicien », au sens où il s’agirait de comprendre et de défendre ce que dit Platon, parce que c’est Platon qui le dit. La pensée philosophique authentique a mis à terre l’argument/principe d’autorité, comme le fait que, parce que quelque chose est dit par une « personne importante », selon des critères sociaux variables, c’est donc forcément sensé, important, pertinent. Là encore, la pensée philosophique initialement socratique puis platonicienne a démontré, avec quelle force et quelles conséquences, que tant des VIP grecs de leur temps étaient des « imbéciles heureux », bien incapables d’argumenter leurs certitudes. En somme que, à rebours de leur prétention commune et constante, d’être parmi les « meilleurs des citoyens », ils n’en étaient qu’une pâle et fausse évocation. Mais ce n’est pas parce que les prétendus « meilleurs » ne le sont pas, que la problématique de la sélection/détermination de ce que ceux qui le sont vraiment ou doivent l’être vraiment, disparaît. Si toute une sophistique prétend pouvoir détruire cette réflexion, par une généralité/relativité (il est impossible de savoir, décider, qui est le meilleur, notamment parce que les évaluations diverses existent et se valent), les faits sont têtus, et les communautés humaines ne peuvent faire sans. Dans La République, comment le propos conduit-il à faire apparaître les gardiens ? Dans le Livre II, la définition de la cité par le nombre des individus qui la composent (368e) conduit Socrate, qui s’entretient avec Adimante, frère de Platon, à énoncer une liste de travailleurs, d’activités, liées les unes aux autres, à partir du noyau, de « nécessité » (l’interdépendance, les productions fondamentales, comme ce qui concerne l’alimentation humaine quotidienne), à agrandir étape par étape, en passant d’une cité réduite, limitée, à une cité dans laquelle le luxe est disponible. Aspirée par la spirale de la possession illimitée des richesses (373e), une telle cité en vient à la guerre : « nous nous ferons donc la guerre ». Or, c’est à partir de là que, en revenant sur le fait qu’un citoyen doit être, est, un travailleur, et qu’il n’est un bon travailleur que s’il se concentre sur un seul art, que, concernant « la guerre », « n’est-il pas de la plus haute importance qu’ils soient bien exercés ? » (374c). Ainsi, en référence aux réalités productives, Platon écarte une hypothèse, une défense armée assurée par tous les citoyens, ou une majorité, pour en faire le sujet d’une spécialisation. C’est quelques lignes plus loin (374e), qu’il en vient à utiliser la formule des « gardiens », qui ne se confond pas avec celle des guerriers, bien que, pour commencer, le lien guerriers-gardiens soit explicite, maintenu.
Avant de revenir au texte, il faut s’arrêter sur ce terme, de « gardiens », à propos duquel il y a eu une attention insuffisante, peu d’analyses. Dans les prochaines publications, nous parlerons des précisions que Platon donne sur ces/ses gardiens, mais avant cela, il faut réfléchir à son sens, commun, profond, universel. Pourquoi faut-il garder, re-garder ce qui doit être gardé ? Le présupposé anthropologique d’une telle réflexion est que, sans garde, ce que nous avons, jusqu’à notre être lui-même, va disparaître, parce que des humains vont le prendre. Le présupposé est donc que, dans le développement de l’espèce humaine, une fraternité fondamentale, suffisamment prégnante pour empêcher des actes méprisables, préjudiciables, a été perdue. Nos avoirs suscitent de l’envie et des intentions de vol. Ce que nous avons de plus précieux est formé par l’ensemble des êtres humains qui composent le groupe auquel nous appartenons : lui aussi peut nous être volé, comme la population de Troie a été volée aux survivants, après la destruction de la ville. Pour garder quelque chose, il faut le vouloir et le pouvoir : s’intéresser à, connaître ce que nous avons à garder, les moyens de, les menaces sur. Ouvrir les yeux sur, et avoir de l’amitié pour : voilà, déjà, un principe platonicien. Nous pouvons voir à quel point, y compris dans une civilisation dont il y a tant d’images, par et sur elle, et sur tant de choses, il n’y a pas forcément de regard/de gardes, sur, avec cette amitié requise.
Ce site est le prolongement du livre "Platon, Une introduction...". Comme le livre, il ne contient pas une biographie de Platon, puisque les informations et les hypothèses concernant sa vie, sont exprimées sur de nombreux sites spécialisés, dans de nombreux ouvrages. Ils ne proposent pas également une présentation scolaire, ou académique, de Platon et de son oeuvre. Le livre et le site proposent des lectures de celle-ci, de prendre en compte chaque détail, comme nous le faisons pour un tableau.


Par exemple, dans ce tableau, nul ne songerait, pour le prendre en considération puis en parler, à nier explicitement un détail, à le penser et à parler de lui, comme si tel ou tel détail ne faisait pas partie de l'ensemble. Or les oeuvres "littéraires", sont composées par un ensemble d'images, comme des pixels : chaque lettre, associée à d'autres, forme un mot-image, et les phrases forment des images. Avant la photographie et le cinématographe, chaque lecture d'un livre consistait en une floraison d'images, selon les capacités, "l'imagination" des lecteurs - puis la photographie et le cinématographe sont venus proposer leurs productions, "reproductions".

C'est ce que fait la série, "Fondation" (ici, saison 3), à partir de la saga d'Isaac Asimov. Les récits-dialogues nous proposent une suite d'images, contraignantes et floues, puisque, à la différence des auteurs en littérature, Platon n'énonce pas des descriptions précises des personnages, des caractéristiques de leur corps, de leur allure, etc. Mais pour ce qui lui importe, Platon est précis. C'est ce qui est expliqué, par exemple, concernant le début de "Politeia" ("La République"). Il se trouve que certains détails sont très significatifs, "changent tout". Des lectures rapides ont pu favoriser des interprétations superficielles. Dans un ouvrage de 96 pages, il ne s'agit pas d'expliquer tout, ce qui est, de facto impossible, mais, en rendant explicite la structure de l'oeuvre, des détails importants sur ces représentations, il y a et il y aura un acquis essentiel, celui de ne pas confondre la pensée de Platon avec ce qu'elle n'est pas. A partir de la somme des détails que nous devons prendre en compte, quelle image globale pouvons-nous et devons-nous former de cette oeuvre ?
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Ce site est publié à partir de septembre 2025. Au fur et à mesure des prochains mois, de nouvelles publications seront ajoutées, dans les catégories-pages indiquées en en-tête. Dans les prochaines semaines, plusieurs sujets importants évoqués ou présentés, analysés, dans ce livre, seront développés dans des textes complémentaires.
"L'Odyssée", une ode à l'Humanité souffrante, la première critique "argumentée" des guerriers et de la guerre
A l'été 2026, le film de Christopher Nolan "L'Odyssée" paraîtra sur les écrans du monde. Des premières images, des premiers extraits, en ont été révélés, d'une bande-annonce jusqu'au prologue. Nolan, citoyen américain, lié à l'Etat le plus militarisé et le plus belliqueux du monde, comment a-t-il compris le récit homérique ? : comme d'un Ulysse-Rambo avant l'heure, comme d'une mise en image d'un traité militaire, à la Clausewitz - ou d'un récit humain sur les souffrances des guerriers causées par les guerriers ?
C'est que le propos homérique peut être perçu superficiellement : puisque les personnages principaux sont des guerriers, puisque certains de ceux-ci, ayant entrepris une guerre, sont parvenus à la "gagner", en détruisant la ville de Troie et toute sa population (un vrai populicide, cf. un autre texte déjà publié, Gaza/Troie), puisque le roi d'Ithaque, Ulysse, finit par retrouver son île, sa patrie, sa royauté, c'est donc que, "Homère", cette voix qui, via nous, conte l'histoire de l'errance de "Personne", est en empathie avec ce "héros", qu'il nous désigne comme tel, à l'admiration et à l'imitation. Mais Ulysse est bien plus et bien pire que le "rusé" : il est celui qui a permis aux Achéens d'entrer dans Troie, via son Cheval de bois, que les Troyens ont eu la folie de percevoir comme il le voulait, un "cadeau" fait à eux-mêmes et aux Dieux pour la résistance de la ville pendant 10 ans, et ce alors qu'une citoyenne de Troie, Cassandre, voyait clair dans le jeu d'Ulysse. Ulysse est le responsable et coupable d'un crime de masse, puisqu'il a offert à des guerriers qui échouaient à entrer dans la ville de Troie par leur "héroïsme", bravoure, de pouvoir y entrer par une grande porte, ouverte par des "embedded", pour utiliser un néologisme actuel. Or, dès le commencement du récit de la guerre de Troie dans "L'Iliade", le récit met en cause autant le Roi des Rois, Agamemnon, que son mercenaire le plus célèbre, Achille, chef des Myrmidons, qui se disputent comme des enfants pour ce qu'ils ont, ensemble, volé. Nous n'avons pas à faire à des guerriers qui défendent leur cité, mais à des pillards qui voulaient faire tomber Troie pour s'emparer de ses richesses. Avec "L'Odyssée", l'histoire devient hallucinatoire, parce qu'Ulysse ne parvient pas à revenir chez lui : la mort, celle que lui et les siens ont "donné" aux Troyens, celle que tant des siens ont trouvé sur le champ de bataille et lors du sac de la ville, est omniprésente, et Ulysse est ce rêve de vivre comme un Dieu sur une île, à distance des conflits humains. C'est dire à quel point les Dialogues de Platon, bien que connus pour leurs critiques envers des images, des assertions homériques, ont pour condition de possibilité ces récits, ce récit, dans la mesure où le propos structurel se définit par cette mise en scène de la petitesse intellectuelle et morale des guerriers, de leurs crimes, une critique de la domination des populations grecques, des cités, par ces sanguinaires, pas "poètes" pour un sou (leur mépris pour la poésie, les chants, ces "affaires de femmes"). Aujourd'hui, comme il y a 3000 ans, cette même critique, par Homère, puis par Platon, vaut, et elle concerne au premier chef les Etats-Unis.










La présentation du livre :
Si des encyclopédies et des "IA" prétendent que sur chaque sujet, elles ont, sont, les réponses, la lecture de celles-ci conduit souvent à la conclusion que les promesses ne sont pas tenues, parce que des questions restent sans aucune réponse, parce que des questions ne sont pas posées. Les nouvelles générations peuvent se réjouir : il y a bien du travail pour elles, et cet ouvrage entend le démontrer à propos des Dialogues de Platon. De ceux-ci (2000 pages dans une édition récente en un seul volume), ce livre est une "introduction" : 30 ans après un travail universitaire consacré à Platon, préparatoire à une thèse en Philosophie, de nombreuses lectures et recherches sur le sujet, des années d'enseignement, il s'agit, par ces 5 entrées, Muthos (les récits), Mystères (l'expérience et ses secrets), Tragédies (l'Histoire et ses représentations), Dialogues (la relation humaine idéale), Logos (la Parole), de révéler l'ensemble de la structure de cette pensée, ses conditions, ses problématiques, objectifs, dons. Dans ses principes, il y a la Musique, décisive, pour désigner toute la culture, le corps humain si particulier, avec, par exemple, ses visions, l'importance des autres êtres humains (au point que le dernier grand personnage des Dialogues est appelé, simplement, "l'Étranger"), la construction de nos communautés, le projet d'une meilleure pensée, d'une meilleure Parole, pour une meilleure Communauté, enfin, unie - parce qu'il n'est pas possible de comprendre cette pensée sans connaître ce problème des Grecs, leur penchant pour les querelles et pire encore. La pensée de Platon est autrement plus complexe, subtile, puissante, que ne le dit la fameuse caricature par Karl Popper (Platon, totalitaire !). Si elle peut être contredite, critiquée, il faut au moins la connaître réellement. Des anti platoniciens explicites, comme Nietzsche, ont pu y prétendre mais n'ont rien proposé qui soit à la hauteur. Pour affronter un géant, qui n'est pas un cyclope, il ne faut pas se réduire à la négation infantile, à la réduction caricaturale, puisqu'il faut en avoir une véritable connaissance et se connaître soi-même, ce qui n'est pas aussi facile qu'on peut le croire et le dire. Si Platon a bien perçu et évoqué l'existence et l'impression publique des prétentieux, il n'a que faire de ces tricheurs, ceux qui font semblant. Et nous ? Il appartient à chacune, chacun, de décider où elle et il se situent.

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Jean-Pierre Vernant Jean‑Pierre Vernant (1914‑2007
De formations : Historien, anthropologue et philosophe français, spécialisé dans la Grèce antique, en particulier, les mythes, la tragédie et la société grecques. Agrégé en philosophie en 1937 ; Membre de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale (chef des FFI en Haute‑Garonne sous le nom de « Colonel Berthier »). professeur au Collège de France et membre du CNRS, où il a dirigé la section d’anthropologie de la Grèce ancienne. Œuvres majeures : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (avec Pierre Vidal‑Naquet); Œdipe et ses mythes (avec Pierre Vidal‑Naquet); L’univers, les dieux, les hommes (essais sur la pensée grecque)
Dans "Les origines de la pensée grecque", Jean-Pierre Vernant a écrit, à propos du "Muthos"... (préface à la nouvelle édition)
« Ce qui est vrai de la raison ne l’est pas moins du mythe. Les travaux récents des anthropologues nous mettent en garde contre la tentation d’ériger le mythe en une sorte de réalité mentale inscrite dans la nature humaine et que l’on retrouverait à l’œuvre partout et toujours, soit avant, soit à côté, soit à l’arrière-plan des opérations proprement rationnelles. Deux raisons, dans le cas grec, nous incitent à la prudence et nous recommandent de distinguer dans la pensée mythique des formes et des niveaux divers. Le mot mythe nous vient des Grecs. Mais il n’avait pas pour ceux qui l’employaient aux temps archaïques le sens que nous lui donnons aujourd’hui. Muthos veut dire « parole », « récit ». Il ne s’oppose pas, tout d’abord, à logos dont le sens premier est également « parole, discours », avant de désigner l’intelligence et la raison. C’est seulement dans le cadre de l’exposé philosophique ou de l’enquête historique qu’à partir du Ve siècle muthos, mis en opposition avec logos, pourra se charger d’une nuance péjorative et désigner une assertion vaine, dénuée de fondement faute de s’appuyer sur une démonstration rigoureuse ou un témoignage fiable. Mais même dans ce cas muthos, disqualifié du point de vue du vrai dans son contraste avec logos, ne s’applique pas à une catégorie précise de récits sacrés concernant les dieux ou les héros. Multiforme comme Protée, il désigne des réalités très diverses : théogonies et cosmogonies, certes, mais aussi fables de toute sorte, généalogies, contes de nourrice, proverbes, moralités, sentences traditionnelles ; en bref, tous les on-dit qui se transmettent comme spontanément de bouche à oreille. Le muthos se présente donc, dans le contexte grec, non comme une forme particulière de pensée mais comme l’ensemble de ce que véhicule et diffuse, au hasard des contacts, des rencontres, des conversations, cette puissance sans visage, anonyme, insaisissable que Platon nomme Phèmè, la Rumeur. Or, précisément, cette Rumeur dont est faite le « muthos grec, nous ne pouvons la saisir ; d’où un motif supplémentaire de prudence. Dans les civilisations traditionnelles qui ont conservé leur caractère oral, les ethnologues, quand ils mènent leur enquête sur le terrain, peuvent se mettre à l’écoute des récits de toutes sortes qui forment, par leur répétition, la trame des savoirs communs des membres du groupe. Mais pour la Grèce nous ne possédons et ne posséderons jamais que des textes écrits. Nos mythes ne nous parviennent pas vivants à travers les paroles sans cesse reprises et modifiées par la Rumeur ; ils sont définitivement fixés dans les œuvres des poètes épiques, lyriques, tragiques qui les utilisent en fonction de leurs propres exigences esthétiques et leur confèrent ainsi, dans la perfection de leur forme, une dimension littéraire. Les recueils qu’à l’époque hellénistique confectionnent des érudits en colligeant systématiquement, transcrivant, classant les traditions légendaires pour les regrouper et les ajuster ensemble sous forme de répertoires mythologiques, ont le même caractère d’œuvre écrite, élaborée par tel ou tel auteur.
Il s’agit donc aujourd’hui, non de dresser l’un en face de l’autre comme deux adversaires bien distincts avec chacun ses armes propres, le mythe et la raison, mais de comparer, par une analyse[…] »








