Pourquoi des citoyens et des groupes politiques s'attaquent-ils aux savants, sciences, connaissances scientifiques ? Parce qu'ils contredisent leurs croyances et leurs volontés

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’université et la recherche scientifique américaines chancellent sous les assauts conjugués d’une purge idéologique et d’une asphyxie budgétaire. La saignée, d’une ampleur inédite, est vertigineuse. 7 800 contrats de recherche ont été supprimés dès février 2025 [1]. En un an, 25 000 scientifiques et personnels techniques ont dû quitter les agences fédérales, soit un cinquième des effectifs totaux [2]. Le secteur stratégique des STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques) a perdu, à lui seul, plus de 4 200 agents fédéraux titulaires du doctorat [3]. Aucune institution n’est épargnée : la National Science Foundation (NSF) a été amputée de 40 % de ses experts [4], tandis que les National Institutes of Health (NIH) enregistrent plus de 1 100 départs [5]. Au-delà de l’effet de sidération, il s’agit d’une entreprise méthodique de démantèlement de la recherche. Théorisée par Russell Vought, directeur du Bureau de la gestion et du budget, et consignée dans le « Projet 2025 » du lobby national-conservateur The Heritage Foundation, cette stratégie de la terre brûlée assume son objectif : « traumatiser » les fonctionnaires fédéraux pour précipiter leur démission.

Les thématiques sacrifiées dessinent les contours d’une hostilité idéologique ciblée. La santé publique paie ainsi le prix du retrait américain de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avec un budget amputé de 18 %, entravant aussi bien la lutte contre les maladies infectieuses que la recherche sur l’hésitation vaccinale [6]. Parallèlement, l’abrogation, le 12 février 2026, de l’Endangerment Finding, socle de la régulation des gaz à effet de serre, [7] s’est accompagnée d’une purge documentaire à la Nasa, prélude au retour du mot d’ordre extractiviste : « Drill, baby, drill ! ». Quant aux sciences humaines et sociales, accusées de soutenir les politiques de correction des inégalités, les droits des minorités et plus largement les droits civiques, elles voient des pans entiers de la connaissance s’effondrer.

Cette offensive scelle l’alliance entre l’ethno-nationalisme du mouvement MAGA et le libertarianisme autoritaire de la Silicon Valley. Pour les premiers, héritiers des paléoconservateurs, l’Université est perçue comme le bastion méprisant d’une caste urbaine de privilégiés. D’où une guerre culturelle, illustrée par les mesures de rétorsion contre les recherches à Columbia, visant à substituer au mérite scolaire la préférence identitaire et des hiérarchies prétendument biologiques. À ce bloc s’arriment les oligarques de la Tech, qui orchestrent une captation prédatrice de l’État au service de leurs monopoles financiers. Leur projet sécessionniste est clair : évincer le consensus savant et la délibération démocratique au profit d’une gouvernance algorithmique privée, totalement dérégulée, redoublée d’une machine de propagande et de contrôle. C’est son paradoxe fondamental : en attaquant l’écosystème scientifique, elle détruit l’un des moteurs historiques de la prospérité américaine.

Les répercussions de ce nihilisme scientifique ne s’arrêtent pas aux frontières américaines. En s’attaquant à l’Université, l’alliance trumpiste déstabilise l’ensemble de l’écosystème mondial : programmes de recherche internationaux, stockages de données critiques et réseaux de collaborations académiques s’en trouvent directement affectés. Plus grave encore, la mise sous tutelle d’agences comme la Food and Drug Administration ou l’Environmental Protection Agency fragilise la veille sanitaire et climatique internationale, privant la planète de régulateurs de référence.

La France s’est-elle protégée contre les conséquences désastreuses du trumpisme et les menaces qu’il fait peser sur l’Europe ? Rien n’est moins sûr, comme le montrent des signaux avant- coureurs alarmants. Les appels à la déséducation se multiplient. L’austérité a plongé dans le déficit la totalité des 75 universités du pays [8]. L’expertise indépendante est méthodiquement fragilisée : l’ADEME a vu son budget être amputé de 350 millions d’euros entre 2024 et 2026, et ses experts se voient taxés d’appartenir à l’« extrême gauche » par des parlementaires [9] ; l’Office Français de la Biodiversité, dont les agents subissent partout des violences, a été ponctionné de 40 millions d’euros [10]. Santé Publique France vient d’être dépouillée d’une part de ses missions de prévention, placée sous contrôle gouvernemental. Les immixtions politiques et le dénigrement de l’ANSES se sont multipliés. En novembre 2025, le gouvernement a contraint le Collège de France à annuler un colloque scientifique de l’historien Henry Laurens sur la Palestine et l’Europe. Le contrôle sécuritaire de l’activité scientifique s’étend rapidement avec les Zones à Régime Restrictif (ZRR), qui soumettent désormais 38 000 chercheuses et chercheurs au crible du renseignement intérieur [11]. Trois professeurs ont été placés en garde à vue en février 2025, puis un chercheur bordelais a été mis en examen pour « livraison d’informations à une puissance étrangère ». La chimère d’une « gangrène islamo-gauchiste » à l’Université, et les appels à la « mettre sous tutelle » semblent être pris dans une spirale sans fin entre chaînes de désinformation en continu et logomachie parlementaire.

L’alliance trumpiste marque une rupture majeure à l’échelle planétaire contre laquelle la France n’est pas immunisée. Les rafles de sa police de l’immigration (ICE) doivent nous engager à prévenir ici un déferlement de violence et de haine suprémacistes, qui prospèrent déjà sur les murs de nos campus universitaires. Face à cet horizon qui s’obscurcit, le monde scientifique et universitaire a un devoir de vigie. Aussi appelons-nous à défendre la raison sensible et la liberté académique, seules capables de restaurer un espace public de pensée, de délibération et de critique réciproque éclairé par les faits scientifiquement fondés. En cela, l’Université et les sciences sont des piliers de la démocratie et des contre-pouvoirs vitaux dont il nous faut impérativement protéger l’indépendance et la liberté.

Le réseau Stand Up for Science

Défendre l'enseignement de la Philosophie à l'école - une pétition en Italie, parce que le pouvoir politique veut inclure/exclure auteurs et textes...

Ces dernières semaines, les nouvelles Instructions nationales pour les lycées, promulguées le 23 avril dernier par le ministre de l'Instruction et du Mérite, Giuseppe Valditara, ont suscité un large débat public en Italie. Par cette pétition, nous entendons dénoncer et porter à l'attention publique l'un des aspects les plus graves de cette réforme, jusqu'à présent largement passé inaperçu : les choix opérés concernant l'enseignement de la philosophie dans les lycées. En devant indiquer — même à titre indicatif et non contraignant — quels sont les philosophes et les philosophes appartenant au canon des auteurs dignes d'être étudiés, les Indicazioni nazionali procèdent à l'exclusion téméraire de certains grands classiques de la tradition moderne et contemporaine, véritables géants de la philosophie rationaliste et matérialiste et, plus généralement, de la pensée critique.

Pour s'en tenir aux cas les plus déconcertants : les lignes directrices excluent de la liste des auteurs Spinoza, Leibniz (à l'exception d'une référence au seul Leibniz « logicien » — circonstance qui se passe de commentaire — dans les lignes directrices pour le Liceo Classico) et Marx ; elles ne résolvent pas la lacune, déjà présente dans les instructions précédentes, qui préconise d'étudier « au moins un » auteur parmi Hobbes, Locke et Rousseau, suggérant implicitement de ne pas approfondir les différentes options qui ont déterminé la constitution même de la rationalité politique moderne ; elles limitent l'étude d'un auteur aussi décisif que Kant à la seule « idée de critique », amputant le criticisme dans ses aspects moraux et historico-politiques ; elles ignorent Fichte et Schelling, déracinant ainsi la philosophie classique allemande du panorama de la pensée moderne. Ces exclusions ne sont pas innocentes : à la place des auteurs supprimés figurent une « philosophie italienne du XIXe siècle » laissée sans définition précise et le « néo-idéalisme de Croce et Gentile », présenté de surcroît de manière entièrement coupée de la tradition du marxisme italien et de la critique qu'en a faite Gramsci.

Il est évident que la composition de cette liste reflète un projet précis d'« hégémonie culturelle » que le gouvernement sortant tente d'imposer au monde scolaire comme legs de législature. La méthode adoptée aggrave le problème : la proposition est le résultat de consultations n'ayant impliqué qu'un nombre très limité d'experts nommés par le ministère, sans aucune discussion élargie et partagée avec la communauté académique et scolaire. Une méthode verticale pour un résultat régressif.

Il est en outre préoccupant que cette opération « culturelle » s'accompagne de l'introduction d'une nouvelle « modalité thématique » d'enseignement de la philosophie, derrière laquelle se dissimule la volonté de diluer le cadrage historico-critique des problématiques philosophiques, en oblitérant l'histoire et en neutralisant la profondeur critique de la discipline. Cette dérive méthodologique se combine avec un déséquilibre chronologique tout aussi grave : la hâte d'étendre l'enseignement jusqu'au XXIe siècle se fait au détriment de l'approfondissement du XIXe et surtout du XXe siècle, qui se trouverait encore davantage comprimé au profit d'un regard approximatif sur l'actualité la plus immédiate.

Ces choix ne sont pas la coïncidence fortuite de maladresses malheureuses : ils sont les parties organiques d'un projet unitaire, dont le résultat est de livrer aux nouvelles générations une formation faible, sans souffle critique, incapable de fournir les outils nécessaires pour comprendre la complexité du monde contemporain.

En qualité d'enseignants universitaires des différents domaines philosophiques, nous invitons nos collègues, les étudiants et les sociétés savantes du secteur à favoriser l'ouverture d'une discussion authentiquement démocratique sur ce sujet. Il est nécessaire de s'engager, chacun dans son rôle et selon ses possibilités, pour demander le retrait des lignes directrices et parvenir à une proposition alternative véritablement partagée par tous les acteurs du monde scolaire et universitaire.

La pétition à signer est ici : https://www.change.org/p/difendiamo-l-insegnamento-della-filosofia-a-scuola?source_location=psf_petitions

La FIFA et l'exploitation des joueurs et des arbitres...

La communauté du football mondial a été orientée, à partir des années 50, mais surtout à partir des années 70, vers l'extrême enrichissement. Les "dieux des stades", les joueurs, ont été transformés en "stars", en personnes importantes, en VIP. La propagande en faveur de ce football-là a eu pour effet, si ce n'est pour objet, d'habituer les citoyens des Etats industriels, aux écarts, toujours augmentés, entre les plus bas revenus et les autres. Ainsi, il n'est pas rare que des professionnels, du football, mais aussi d'autres sports, d'autres domaines (artistiques, médiatiques), perçoivent, en une année, ou en quelques années, une rémunération infiniment supérieure à celle d'un travailleur pauvre, pendant toute sa vie. Des participants à ce processus n'ont pas arrêté de répéter que c'était là une "chose normale", en confondant normalité et norme.

En 2026, aux températures extrêmes, il faut ajouter les rémunérations extrêmes. Les adeptes du "toujours moins" pour les autres, applaudissent ce toujours plus, pour une minorité. Aux Etats-Unis, Etat qui a grandement contribué à ce processus, mais aussi au Mexique et au Canada, la FIFA a donc décidé de tenir sa Coupe, sur son cycle de 4 ans. La situation financière de la FIFA est ici décrite : https://theconversation.com/deficits-spectaculaires-et-revenus-records-les-cycles-financiers-de-la-fifa-une-strategie-gagnante-284231

Actuellement, des équipes du monde entier opposent, des joueurs millionnaires, d'autres, beaucoup moins fortunés, et des encadrants, comme les arbitres, qui le sont encore moins. Ceux-ci ont une rémunération "de base", de 70 000 dollars, et pour les arbitres qui seront en fonction pour la finale, le montant est plafonné à 100 000 dollars - un tel "plafond" n'existe que pour eux. Pourtant, ces professionnels sont indispensables au jeu : les joueurs ne peuvent pas s'arbitrer eux-mêmes. Même si, par comparaison avec la majorité des travailleurs, les arbitres sont mieux rémunérés, ils ne le sont pas, par comparaison avec les joueurs. Or, qu'observe t-on sur les terrains de jeu ? Les joueurs qui s'adressent aux arbitres le font souvent avec peu de respect. Pourquoi ? Parce qu'ils s'adressent à des "serviteurs", comme ils le font pour leurs domestiques : puisque le respect n'existe qu'en fonction de la fortune, ces "pauvres arbitres" sont méprisés. Toujours plus de "fortune", toujours moins de respect pour les autres : le football soutenu par la FIFA incite à la cupidité, ce désir de "toujours plus", quitte à marcher sur les autres... En perdant un match de huitième de finale, des joueurs et des soutiens ont perdu beaucoup d'argent, qui, mécaniquement, aurait été gagné par une victoire, un accès aux quarts de finale. Quand des rêves de Crésus sont là, les risques de corruption s'élèvent. "L'homme du golden age" n'hésite pas à l'affirmer, fier de lui. "L'ascension financière" éloigne des réalités terrestres : les avoirs astronomiques laissent penser que le bénéficiaire appartient à une élite d'élus. D'autres interprètent de manière raciste cette perception, cette croyance. Pourtant, la "sélection des meilleurs" ne tient que par les dons de la majorité civique. Il suffirait d'une grève mondiale du "support" pour que ces "personnes très importantes" ne tombent de leur piédestal, et retrouvent la réalité raisonnable. Pour l'instant, nous n'avons jamais vu ces joueurs soutenir une grève mondiale pour l'augmentation de tous les salaires. Pourtant, des désirs sociaux pour une vie augmentée, améliorée, ne peuvent se confondre avec cet enrichissement via le football : ils sont légitimes, parce qu'il ne s'agit pas, pour les citoyens du monde, de vivre comme des Crésus, mais de mieux vivre, quand et comme cela est possible - et ce pour tous. Pourtant, entre une finale de Coupe du monde, et une telle grève mondiale soutenue par des footballeurs et d'autres, qu'est-ce qui serait le plus beau ?

Platon, par Alain : le bulletin de l'association Alain publie...

Elle incite à la lecture, relecture, des oeuvres et des textes de ce professeur de Philosophie, devenu, par son travail, "philosophe". Formé par des écoles de la IIIème République, le jeune élève a beaucoup travaillé, comme l'école le lui demandait, avant de commencer un travail personnel, là où d'autres se sont contentés de produire des cours. Les évènements, les structures de son époque, furent tels qu'il ne lui a pas paru possible de se taire. Alain a donc beaucoup écrit, parlé, publiquement. Son engagement contre le militarisme, pour la paix, n'était pas plus facile qu'il ne l'est maintenant - mais au moins, à son époque, des armes d'extermination des peuples et du vivant n'existaient pas, et si elles avaient déjà existé, son engagement n'en aurait été que plus fort et radical. Hélas, à notre époque, tant se soumettent à la force des armes, qu'il ne faut pas confondre avec une "loi" humaine, digne de ce nom. Elles permettent à n'importe quel capricieux, sanguin, de décider de la mort de tant d'êtres humains, au motif de son bon plaisir et d'une prétendue "nécessité". Pour construire sa pensée, Alain a beaucoup lu, et notamment Platon. C'est ce qui a conduit à la rédaction et à la publication de ce texte, dans le bulletin de l'association.

Des extraits de ses textes sont disponibles via des catégories, comme présentées ci-dessus.

Par exemple, sur et contre "la guerre". La guerre (ce mot allemand en langue française), Alain l'a connu de près, puisqu'il s'est engagé en 1914, alors que commençait ce que l'on appelle la "première guerre mondiale". "Philosophe", il le démontre, dès lors qu'il prend le contrepied du "on dit" social dominant. Par exemple, il faut lire "La paix par le droit" : "Celui qui a proposé cette formule connue : « la paix par le droit » a fait tenir, il me semble, beaucoup d’erreurs en peu de mots. Là-dessus j’ai d’abord réfléchi longtemps, sans beaucoup de suite et sans jamais rien découvrir ; et puis, quand la guerre m’a tenu sur ce problème pendant des heures et des jours, j’ai enfin compris que les bonnes intentions ne mènent à rien tant que les idées sont mal attelées. « La paix par le droit », c’est un cri de guerre, à bien l’entendre ; c’est même le cri de la guerre. La première erreur qu’il faut effacer, c’est (...)". Dans le contexte actuel, sa critique de l'aporie de l'invocation du "droit" démontre à quel point ce qui domine la parole publique nationale est de si faible portée, profondeur.

A lire sur le site de l'association, le texte du président de l'association, Thierry Leterre, "Le philosophe Alain face à la guerre" : "Pour Alain, l’expérience de la guerre finit par se dédoubler. C’est l’expérience du danger au combat, de la souffrance des corps dans des conditions de vie précaires, mais aussi l’expérience de « l’esclavage militaire ». Aux tranchées, il a constaté un type de pouvoir détenu par les officiers qu’il compare à celui des « satrapes d’autrefois ». Il lui arrive de se rappeler la phrase d’un camarade de combat à propos de la hiérarchie militaire : « ils ne savent pas faire la guerre, mais ils savent commander ». C’est une façon d’indiquer que les formes militaires ont débordé, et de loin, les seules obligations de la guerre et de ses sacrifices : le pouvoir n’était pas seulement celui nécessaire au combat, mais une forme de nouvelle société hiérarchisée par la brutalité. La situation de l’homme de troupe, Alain la résume le lendemain de sa libération de l’armée dans une lettre à son ami Elie Halévy : « j’étais habitué au mépris »."


Il faut donc lire Alain, comme il faut lire Platon. Le site de l'association le permet, mais des lectures publiques existent aussi, des lectures qui précèdent des discussions. C'est ce que le vice-président de l'association Pierre Heudier anime régulièrement.

Dans son bulletin qui vient de paraître, l'association a publié le texte "Platon (Socrate), par Alain : « de bout en bout »". En effet, Alain a affirmé et démontré à quel point il fut un lecteur, attentif, réfléchi, des Dialogues. Un extrait de ce texte sera partagé ici dans quelques jours.

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L'association des amis d'Alain a été fondée 20 jours après le décès d'Émile-Auguste Chartier, surnommé "Alain", né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche, mort le 2 juin 1951 au Vésinet. Près de 75 ans plus tard, l'association existe encore, par l'engagement de lecteurs et lectrices, admirateurs d'un intellectuel français dont les oeuvres, les "propos", ont survécu à leur époque - ce qui ne sera pas le cas d'intellectuels actuels, médiatisés. L'association est animée par un conseil dont des membres sont indiqués par leur nom (image ci-dessus).

Ce site est le prolongement du livre "Platon, Une introduction...". Comme le livre, il ne contient pas une biographie de Platon, puisque les informations et les hypothèses concernant sa vie, sont exprimées sur de nombreux sites spécialisés, dans de nombreux ouvrages. Ils ne proposent pas également une présentation scolaire, ou académique, de Platon et de son oeuvre. Le livre et le site proposent des lectures de celle-ci, de prendre en compte chaque détail, comme nous le faisons pour un tableau.

Par exemple, dans ce tableau, nul ne songerait, pour le prendre en considération puis en parler, à nier explicitement un détail, à le penser et à parler de lui, comme si tel ou tel détail ne faisait pas partie de l'ensemble. Or les oeuvres "littéraires", sont composées par un ensemble d'images, comme des pixels : chaque lettre, associée à d'autres, forme un mot-image, et les phrases forment des images. Avant la photographie et le cinématographe, chaque lecture d'un livre consistait en une floraison d'images, selon les capacités, "l'imagination" des lecteurs - puis la photographie et le cinématographe sont venus proposer leurs productions, "reproductions".

C'est ce que fait la série, "Fondation" (ici, saison 3), à partir de la saga d'Isaac Asimov. Les récits-dialogues nous proposent une suite d'images, contraignantes et floues, puisque, à la différence des auteurs en littérature, Platon n'énonce pas des descriptions précises des personnages, des caractéristiques de leur corps, de leur allure, etc. Mais pour ce qui lui importe, Platon est précis. C'est ce qui est expliqué, par exemple, concernant le début de "Politeia" ("La République"). Il se trouve que certains détails sont très significatifs, "changent tout". Des lectures rapides ont pu favoriser des interprétations superficielles. Dans un ouvrage de 96 pages, il ne s'agit pas d'expliquer tout, ce qui est, de facto impossible, mais, en rendant explicite la structure de l'oeuvre, des détails importants sur ces représentations, il y a et il y aura un acquis essentiel, celui de ne pas confondre la pensée de Platon avec ce qu'elle n'est pas. A partir de la somme des détails que nous devons prendre en compte, quelle image globale pouvons-nous et devons-nous former de cette oeuvre ?

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Ce site est publié à partir de septembre 2025. Au fur et à mesure des prochains mois, de nouvelles publications seront ajoutées, dans les catégories-pages indiquées en en-tête. Dans les prochaines semaines, plusieurs sujets importants évoqués ou présentés, analysés, dans ce livre, seront développés dans des textes complémentaires.

"L'Odyssée", une ode à l'Humanité souffrante, la première critique "argumentée" des guerriers et de la guerre

A l'été 2026, le film de Christopher Nolan "L'Odyssée" paraîtra sur les écrans du monde. Des premières images, des premiers extraits, en ont été révélés, d'une bande-annonce jusqu'au prologue. Nolan, citoyen américain, lié à l'Etat le plus militarisé et le plus belliqueux du monde, comment a-t-il compris le récit homérique ? : comme d'un Ulysse-Rambo avant l'heure, comme d'une mise en image d'un traité militaire, à la Clausewitz - ou d'un récit humain sur les souffrances des guerriers causées par les guerriers ?

C'est que le propos homérique peut être perçu superficiellement : puisque les personnages principaux sont des guerriers, puisque certains de ceux-ci, ayant entrepris une guerre, sont parvenus à la "gagner", en détruisant la ville de Troie et toute sa population (un vrai populicide, cf. un autre texte déjà publié, Gaza/Troie), puisque le roi d'Ithaque, Ulysse, finit par retrouver son île, sa patrie, sa royauté, c'est donc que, "Homère", cette voix qui, via nous, conte l'histoire de l'errance de "Personne", est en empathie avec ce "héros", qu'il nous désigne comme tel, à l'admiration et à l'imitation. Mais Ulysse est bien plus et bien pire que le "rusé" : il est celui qui a permis aux Achéens d'entrer dans Troie, via son Cheval de bois, que les Troyens ont eu la folie de percevoir comme il le voulait, un "cadeau" fait à eux-mêmes et aux Dieux pour la résistance de la ville pendant 10 ans, et ce alors qu'une citoyenne de Troie, Cassandre, voyait clair dans le jeu d'Ulysse. Ulysse est le responsable et coupable d'un crime de masse, puisqu'il a offert à des guerriers qui échouaient à entrer dans la ville de Troie par leur "héroïsme", bravoure, de pouvoir y entrer par une grande porte, ouverte par des "embedded", pour utiliser un néologisme actuel. Or, dès le commencement du récit de la guerre de Troie dans "L'Iliade", le récit met en cause autant le Roi des Rois, Agamemnon, que son mercenaire le plus célèbre, Achille, chef des Myrmidons, qui se disputent comme des enfants pour ce qu'ils ont, ensemble, volé. Nous n'avons pas à faire à des guerriers qui défendent leur cité, mais à des pillards qui voulaient faire tomber Troie pour s'emparer de ses richesses. Avec "L'Odyssée", l'histoire devient hallucinatoire, parce qu'Ulysse ne parvient pas à revenir chez lui : la mort, celle que lui et les siens ont "donné" aux Troyens, celle que tant des siens ont trouvé sur le champ de bataille et lors du sac de la ville, est omniprésente, et Ulysse est ce rêve de vivre comme un Dieu sur une île, à distance des conflits humains. C'est dire à quel point les Dialogues de Platon, bien que connus pour leurs critiques envers des images, des assertions homériques, ont pour condition de possibilité ces récits, ce récit, dans la mesure où le propos structurel se définit par cette mise en scène de la petitesse intellectuelle et morale des guerriers, de leurs crimes, une critique de la domination des populations grecques, des cités, par ces sanguinaires, pas "poètes" pour un sou (leur mépris pour la poésie, les chants, ces "affaires de femmes"). Aujourd'hui, comme il y a 3000 ans, cette même critique, par Homère, puis par Platon, vaut, et elle concerne au premier chef les Etats-Unis.

La présentation du livre :

Si des encyclopédies et des "IA" prétendent que sur chaque sujet, elles ont, sont, les réponses, la lecture de celles-ci conduit souvent à la conclusion que les promesses ne sont pas tenues, parce que des questions restent sans aucune réponse, parce que des questions ne sont pas posées. Les nouvelles générations peuvent se réjouir : il y a bien du travail pour elles, et cet ouvrage entend le démontrer à propos des Dialogues de Platon. De ceux-ci (2000 pages dans une édition récente en un seul volume), ce livre est une "introduction" : 30 ans après un travail universitaire consacré à Platon, préparatoire à une thèse en Philosophie, de nombreuses lectures et recherches sur le sujet, des années d'enseignement, il s'agit, par ces 5 entrées, Muthos (les récits), Mystères (l'expérience et ses secrets), Tragédies (l'Histoire et ses représentations), Dialogues (la relation humaine idéale), Logos (la Parole), de révéler l'ensemble de la structure de cette pensée, ses conditions, ses problématiques, objectifs, dons. Dans ses principes, il y a la Musique, décisive, pour désigner toute la culture, le corps humain si particulier, avec, par exemple, ses visions, l'importance des autres êtres humains (au point que le dernier grand personnage des Dialogues est appelé, simplement, "l'Étranger"), la construction de nos communautés, le projet d'une meilleure pensée, d'une meilleure Parole, pour une meilleure Communauté, enfin, unie - parce qu'il n'est pas possible de comprendre cette pensée sans connaître ce problème des Grecs, leur penchant pour les querelles et pire encore. La pensée de Platon est autrement plus complexe, subtile, puissante, que ne le dit la fameuse caricature par Karl Popper (Platon, totalitaire !). Si elle peut être contredite, critiquée, il faut au moins la connaître réellement. Des anti platoniciens explicites, comme Nietzsche, ont pu y prétendre mais n'ont rien proposé qui soit à la hauteur. Pour affronter un géant, qui n'est pas un cyclope, il ne faut pas se réduire à la négation infantile, à la réduction caricaturale, puisqu'il faut en avoir une véritable connaissance et se connaître soi-même, ce qui n'est pas aussi facile qu'on peut le croire et le dire. Si Platon a bien perçu et évoqué l'existence et l'impression publique des prétentieux, il n'a que faire de ces tricheurs, ceux qui font semblant. Et nous ? Il appartient à chacune, chacun, de décider où elle et il se situent.

Questions/réponses

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Jean-Pierre Vernant Jean‑Pierre Vernant (1914‑2007

De formations : Historien, anthropologue et philosophe français, spécialisé dans la Grèce antique, en particulier, les mythes, la tragédie et la société grecques. Agrégé en philosophie en 1937 ; Membre de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale (chef des FFI en Haute‑Garonne sous le nom de « Colonel Berthier »). professeur au Collège de France et membre du CNRS, où il a dirigé la section d’anthropologie de la Grèce ancienne. Œuvres majeures : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (avec Pierre Vidal‑Naquet); Œdipe et ses mythes (avec Pierre Vidal‑Naquet); L’univers, les dieux, les hommes (essais sur la pensée grecque)

Dans "Les origines de la pensée grecque", Jean-Pierre Vernant a écrit, à propos du "Muthos"... (préface à la nouvelle édition)

« Ce qui est vrai de la raison ne l’est pas moins du mythe. Les travaux récents des anthropologues nous mettent en garde contre la tentation d’ériger le mythe en une sorte de réalité mentale inscrite dans la nature humaine et que l’on retrouverait à l’œuvre partout et toujours, soit avant, soit à côté, soit à l’arrière-plan des opérations proprement rationnelles. Deux raisons, dans le cas grec, nous incitent à la prudence et nous recommandent de distinguer dans la pensée mythique des formes et des niveaux divers. Le mot mythe nous vient des Grecs. Mais il n’avait pas pour ceux qui l’employaient aux temps archaïques le sens que nous lui donnons aujourd’hui. Muthos veut dire « parole », « récit ». Il ne s’oppose pas, tout d’abord, à logos dont le sens premier est également « parole, discours », avant de désigner l’intelligence et la raison. C’est seulement dans le cadre de l’exposé philosophique ou de l’enquête historique qu’à partir du Ve siècle muthos, mis en opposition avec logos, pourra se charger d’une nuance péjorative et désigner une assertion vaine, dénuée de fondement faute de s’appuyer sur une démonstration rigoureuse ou un témoignage fiable. Mais même dans ce cas muthos, disqualifié du point de vue du vrai dans son contraste avec logos, ne s’applique pas à une catégorie précise de récits sacrés concernant les dieux ou les héros. Multiforme comme Protée, il désigne des réalités très diverses : théogonies et cosmogonies, certes, mais aussi fables de toute sorte, généalogies, contes de nourrice, proverbes, moralités, sentences traditionnelles ; en bref, tous les on-dit qui se transmettent comme spontanément de bouche à oreille. Le muthos se présente donc, dans le contexte grec, non comme une forme particulière de pensée mais comme l’ensemble de ce que véhicule et diffuse, au hasard des contacts, des rencontres, des conversations, cette puissance sans visage, anonyme, insaisissable que Platon nomme Phèmè, la Rumeur. Or, précisément, cette Rumeur dont est faite le « muthos grec, nous ne pouvons la saisir ; d’où un motif supplémentaire de prudence. Dans les civilisations traditionnelles qui ont conservé leur caractère oral, les ethnologues, quand ils mènent leur enquête sur le terrain, peuvent se mettre à l’écoute des récits de toutes sortes qui forment, par leur répétition, la trame des savoirs communs des membres du groupe. Mais pour la Grèce nous ne possédons et ne posséderons jamais que des textes écrits. Nos mythes ne nous parviennent pas vivants à travers les paroles sans cesse reprises et modifiées par la Rumeur ; ils sont définitivement fixés dans les œuvres des poètes épiques, lyriques, tragiques qui les utilisent en fonction de leurs propres exigences esthétiques et leur confèrent ainsi, dans la perfection de leur forme, une dimension littéraire. Les recueils qu’à l’époque hellénistique confectionnent des érudits en colligeant systématiquement, transcrivant, classant les traditions légendaires pour les regrouper et les ajuster ensemble sous forme de répertoires mythologiques, ont le même caractère d’œuvre écrite, élaborée par tel ou tel auteur.

Il s’agit donc aujourd’hui, non de dresser l’un en face de l’autre comme deux adversaires bien distincts avec chacun ses armes propres, le mythe et la raison, mais de comparer, par une analyse[…] »

Un entretien avec Patrick Tort, le plus grand spécialiste mondial de l'oeuvre de Charles Darwin, à lire dans son ouvrage-manifeste, "Qu'est-ce que le matérialisme ?"