



Platon et les puritains américains
A propos de cette décision d'un conseil universitaire texan d'interdire à un professeur de Philosophie de s'appuyer sur un texte d'un des dialogues de Platon, affaire dont nous avons parlé avant sa médiatisation en France (https://www.platon-dunamis.art/le-banquet-de-platon-sa-lecture-et-son-analyse-censurees-au-texas), France Culture a reçu Dimitri El Murr, spécialiste français, connu et reconnu, de Platon. Il faut écouter cette émission qui a le mérite d'être fondée sur des questions claires, pour des réponses qui le sont autant. Toutefois, la durée de l'émission n'a pas permis d'entrer plus en profondeur sur ce sujet.
Comme Dimitri El Murr le rappelle à la fin de l'émission, les Grecs anciens furent des pré-chrétiens : non seulement, ils n'ont jamais connu le prosélytisme chrétien, mais en outre, ils étaient étrangers à la culture sémitique/manichéenne, dont le récit de la "Genèse" est emblématique, avec, à sa fin, la pudeur/honte pour la nudité du corps. Ils furent aussi tout aussi étrangers à la focalisation sur les sexes humains, à des jugements sur les relations intimes. Faut-il considérer que Platon, dans le Banquet, dans un des textes du Banquet (il faut écouter l'émission et lire le dialogue), fait l'éloge de l'homosexualité ? Ce serait une affirmation absolument anachronique : parce que les Grecs ne faisaient pas de focalisation sur ce que nous avons appris à regarder de manière séparée du reste des personnes, avec ce qui s'appelle la "sexualité", comme si les organes sexuels avaient presque une vie par eux-mêmes, ils ne pouvaient pas, et Platon non plus, faire un éloge des relations physiques entre hommes, comme si les hommes concernés par de telles relations pouvaient être pensés comme étant séparés des femmes, n'ayant de sentiments et de désirs que pour d'autres hommes. Selon nos critères, ces relations n'advenaient pas par retranchement envers les autres relations, mais par addition avec celles-ci.
Avec le Banquet, le sujet des... "non-dialogues", ces monologues, Eros, est bien ce que nous appelons, le "désir", d'autant que le "désir amoureux" est l'un des sujets d'un autre dialogue, le Phèdre. Les orateurs du Banquet, qui expriment des discours, emblématiques des, politiques, sophistes, VIP athéniens, sont-ils des marionnettes par lesquelles Platon parle, et dit sa pensée, ou l'une d'elles seulement serait le vecteur de ? Est-ce le discours de Socrate qui serait celui-ci ? Considérer, à priori, que le discours attribué à Aristophane serait un discours qui exprimerait des convictions de Platon est étrange - et n'est pas démontré. Considérer également ainsi à priori que, via le double d'une figure célèbre de l'Athènes de son temps, le maître es comédie, qui a contribué à la mauvaise réputation de Socrate, Platon exprimerait encore de telles convictions, présuppose que Platon n'aurait pas le goût de se moquer de tels citoyens importants.
Des sexes et des relations physiques intimes, d'autres dialogues parlent, évoquent. Avec Socrate, ses comportements, ceux de Platon, avant l'Académie et dans l'Académie, les désirs sensuels des adultes envers des jeunes gens ne sont plus à l'ordre du jour. Dans le Banquet, Socrate reste de marbre face à l'affirmation du désir d'Alcibiade, et Platon a fait l'éloge de la modération sensuelle, des désirs.
La censure américaine est donc elle-même comique : elle présuppose qu'il y a des idées dans le propos platonicien qui ne s'y trouvent pas. Cette censure a donné une publicité supplémentaire et étendue à ce dialogue de Platon et à son oeuvre, qui, aux Etats-Unis comme ailleurs, n'est pas plus lue que la Bible ou d'autres livres-stars, au contraire. Elle présuppose aussi qu'un professeur de Philosophie ne peut pas parler, autrement, de ce qu'il entendait parler via le Banquet. Mais le plus "comique", c'est qu'entre ces Grecs et ces Américains, il est facile de démontrer que celles et ceux qui ont des obsessions sexualisées, ce sont bien ces derniers. La liste est claire et sévère : pornographie, pédocriminalité, viols, prostitutions omniprésentes. Par comparaison, les expressions érotiques grecques paraissent bien modestes. Alors, est-ce que des citoyens américains censurent des auteurs américains, des pratiques culturelles américaines ?
Sur ce sujet : à lire
https://shs.cairn.info/revue-raisons-politiques-2001-1-page-127?lang=fr
https://www.nouvelobs.com/idees/20160212.OBS4576/sexe-l-envers-du-puritanisme-americain.html
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Ils ont vu et pensé le monde "comme" nous (et pas comme nous), EN COULEURS : c'est ce que Platon a dit ici...
Comme évoqué dans l'éditorial d'avril, le devenu-passé terrestre, humain, n'aura jamais été aussi "bien" connu par aucune époque antérieure à la nôtre, puisque, depuis deux siècles, la démultiplication des sciences de l'Histoire de la Terre et des peuples humains, des connaissances via ces sciences, a été et continue d'être exponentielle, par comparaison avec les siècles antérieurs. "Bien" ? Si des connaissances nouvelles sont apparues, sur, les âges de la Terre, les périodes qui ont précédé l'apparition des hominidés, sur les siècles antiques, sur les peuples du monde, si l'objectif de tant d'Anciens de constituer une connaissance encyclopédique est devenue désormais une impossibilité même, le peu de curiosité et de connaissances personnelles fondées sur ces connaissances par tant des citoyens du monde démontre, péniblement, que ce qui pourrait être "bien" connu, puisqu'il s'agit de données, à tous les sens du terme, d'informations offertes, ne l'est pas, y compris avec tant de chercheurs et savants dont les lectures sont uniquement focalisées sur leur champ propre. Certaines de nos connaissances modifient, doivent, devraient modifier, nécessairement et radicalement, des représentations communes, ce qui est répété et répété depuis des siècles, des erreurs. Ainsi, la représentation "classique" de l'architecture religieuse grecque, les Temples, de la statuaire, avec le blanc immaculé du marbre si souvent utilisé pour former ces oeuvres, en confondant le fait (ils et elles sont "blancs") à un instant t, avec leur commencement (ils et elles furent conçues comme blancs), est désormais connue pour faire partie de cette liste d'erreurs qui ont déterminé la conscience de tant d'êtres humains, de la fin de l'Antiquité à nos jours.
Avec les Dialogues de Platon, il faut constater qu'un extrait de La République n'a pas été lu avec une suffisante attention. En effet, au début du livre IV, une réponse de Socrate à une objection d'Adimante, aurait pu étonner : "Notre tâche actuelle, croyons-nous, consiste donc à façonner la cité heureuse, non pas en y prenant un petit nombre pour en faire des gens heureux, mais pour la rendre heureuse tout entière. La cité qui se trouve à l’opposé, nous l’examinerons dans la foulée. C’est comme si quelqu’un venait vers nous, alors que nous serions en train de peindre des statues d’hommes, et nous reprochait de ne pas appliquer les plus belles couleurs sur les parties les plus belles de l’être vivant : les yeux, en effet, qui sont bien la partie la plus belle, n’auraient pas été peints en pourpre, mais en noir. Il me semble que nous [420d] aurions raison de nous défendre en répliquant : “Homme étonnant, ne crois pas que nous devions peindre les yeux de manière si belle qu’ils finissent par ne plus paraître être des yeux, et ainsi pour les autres parties du corps ; vois plutôt si en rendant à chacune ce qui lui convient, nous rendons l’ensemble beau".
"C’est comme si quelqu’un venait vers nous, alors que nous serions en train de peindre des statues d’hommes, et nous reprochait de ne pas appliquer les plus belles couleurs sur les parties les plus belles de l’être vivant".
Des statues, de leur formation par le travail des artisans-artistes, Socrate évoque la "touche finale" : la colorisation. D'un côté, il y a des êtres humains évoqués par des formes fixes, lesquelles doivent donc être peintes pour être complètes, et de l'autre, il y a la cité des hommes réels. Ce sont eux qui sont colorés et ce sont eux qui doivent avoir le plus de couleurs, par le "bonheur". Des parties des corps des statues doivent avoir leur couleur adaptée; et pour que la cité soit heureuse, que les gardiens, "soient le moins possible susceptibles de faire du mal à la cité", le corps social ne peut pas être, pas plus que le corps humain ne l'est, pas plus que le corps humain représenté ne l'est, un chaos, où tout n'a ni queue ni tête. L'évocation d'un désaccord, d'une dispute, concernant la couleur à utiliser pour peindre "les yeux, en effet, qui sont bien la partie la plus belle, n’auraient pas été peints en pourpre, mais en noir", démontre que le sens commun était bien que les parties des statues soient peintes, et que le seul débat pouvait concerner le choix des couleurs.
Donc, ce que nous voyons dans nos musées, ce sont des statues que les Grecs n'ont pas vu, puisqu'ils les regardaient avec leurs couleurs. Devons-nous penser qu'il en va de même pour les Dialogues de Platon ?
L'extrait complet : « Et alors Adimante, s’interposant, dit :« Que diras-tu pour ta défense, Socrate, si quelqu’un s’avise de t’objecter que tu ne rends pas ces hommes vraiment heureux et que cette situation se produit par leur faute, eux à qui en vérité la cité appartient, mais qui ne jouissent par contre d’aucun des biens de la cité, par comparaison avec d’autres qui possèdent des domaines agricoles et s’établissent dans des résidences somptueuses et imposantes, pour lesquelles ils acquièrent tout le mobilier qui convient ? Ceux-là offrent aux dieux des sacrifices privés, ils accueillent des étrangers, et pour en venir aux questions que tu abordais à l’instant, ils possèdent de l’or et de l’argent, ainsi que tous ces biens qu’on a l’habitude de reconnaître à ceux qui sont en chemin vers la félicité. On pourrait risquer d’affirmer qu’ils apparaissent tout simplement comme des auxiliaires salariés [420a] résidant dans la cité, ne faisant rien d’autre que de monter la garde.— Oui, dis-je, et cela tout en recevant leur nourriture, mais nul autre salaire outre les repas, comme en reçoivent les autres, de sorte que s’ils faisaient le projet de voyager à l’étranger à titre privé, il ne leur serait pas loisible d’offrir des cadeaux à des compagnes de voyage, ou même de dépenser en quelque autre endroit de leur choix, comme le font ceux qui dans notre opinion sont des gens heureux.Ces aspects-là, et quantité d’autres du même genre, tu les exclus de ton accusation.— Eh bien, dit-il, faisons en sorte de les inclure également dans l’accusation. [420b] — Tu demandes ce que nous répondrons pour notre défense ?— Oui. — C’est en suivant le même chemin, dis-je, que nous trouverons, je crois, les choses qu’il faut dire. Nous affirmerons en effet qu’il n’y aurait rien d’étonnant à ce que ces hommes soient, dans ces circonstances, tout à fait heureux, et que nous n’établissons pas cette cité en ayant pour seule perspective qu’un groupe unique soit chez nous exceptionnellement heureux, mais bien la cité tout entière autant que possible. Nous avons pensé, en effet, que c’est dans une telle cité que nous trouverions vraiment la justice et, à l’inverse, que nous trouverions l’injustice dans la cité établie de la pire façon, de sorte qu’en les examinant de près, [420c] nous pourrions porter un jugement sur ce que nous recherchons depuis si longtemps. Notre tâche actuelle, croyons-nous, consiste donc à façonner la cité heureuse, non pas en y prenant un petit nombre pour en faire des gens heureux, mais pour la rendre heureuse tout entière. La cité qui se trouve à l’opposé, nous l’examinerons dans la foulée. C’est comme si quelqu’un venait vers nous, alors que nous serions en train de peindre des statues d’hommes, et nous reprochait de ne pas appliquer les plus belles couleurs sur les parties les plus belles de l’être vivant : les yeux, en effet, qui sont bien la partie la plus belle, n’auraient pas été peints en pourpre, mais en noir. Il me semble que nous [420d] aurions raison de nous défendre en répliquant : “Homme étonnant, ne crois pas que nous devions peindre les yeux de manière si belle qu’ils finissent par ne plus paraître être des yeux, et ainsi pour les autres parties du corps ; vois plutôt si en rendant à chacune ce qui lui convient, nous rendons l’ensemble beau. Et dans le cas qui nous occupe présentement, ne nous force pas à accorder aux gardiens un bonheur tel qu’il les transforme en tout autre chose que des gardiens. [420e] Nous savons comment habiller les agriculteurs de tenues luxueuses, les couvrir d’or et leur ordonner de ne travailler la terre que selon leur bon plaisir ; nous savons comment installer les potiers sur des lits de banquet, allongés sur le côté droit, buvant et faisant bombance auprès du feu, en plaçant devant eux leur tour de potier pour le cas où l’envie leur prendrait de tourner une céramique, et nous savons comment rendre de cette manière tous les autres heureux afin de rendre afin de rendre la cité tout entière heureuse. Non, vraiment, ne nous mets pas cela dans la tête ! Si nous devions te suivre, il en résulterait que l’agriculteur ne serait plus un agriculteur, [421a] et le potier ne serait plus un potier, et personne d’autre n’occuperait plus ces fonctions qui sont constitutives de la cité. L’argument a cependant moins de poids pour ces autres fonctions. Si ce sont en effet des savetiers qui deviennent médiocres et se corrompent, et prétendent remplir leur fonction sans être ce qu’ils prétendent, cela n’a rien de grave pour une cité. Mais quand il s’agit des gardiens des lois et de la cité, qui paraissent tels sans l’être, tu vois bien qu’ils peuvent détruire toute la cité de fond en comble, tout comme ils sont par ailleurs les seuls capables de saisir l’occasion de la bien gouverner et de lui procurer du bonheur.”« Alors, si pendant que nous fabriquons des gardiens authentiques, qui soient le moins possible susceptibles de faire du mal à la cité [421b], notre interlocuteur en fait de son côté une sorte d’agriculteurs, heureux pour ainsi dire de banqueter dans des festivals, mais non heureux dans la cité, peut-être parle-t-il en ce cas d’autre chose que d’une cité ? Il nous faut donc examiner si nous voulons instituer des gardiens dans la perspective suivante, à savoir que le plus grand bonheur possible soit leur lot à eux, ou alors s’il faut envisager cette perspective pour la cité entière et examiner si le bonheur sera son lot à elle ; il faudra alors contraindre ces auxiliaires, de même que les gardiens, [421c] à envisager de réaliser ce bonheur et les en persuader, de sorte qu’ils deviennent les meilleurs artisans possible dans leur fonction propre, et de la même manière pour tous les autres. La cité se développant dans son entièreté de cette manière et se trouvant ainsi bien administrée, il faudra laisser la nature accorder à chacun des groupes la possibilité d’avoir part au bonheur. »
Platon, œuvres complètes, Edition Flammarion, Traduction Georges Leroux


Platon, par Alain : le bulletin de l'association Alain publie...
Elle incite à la lecture, relecture, des oeuvres et des textes de ce professeur de Philosophie, devenu, par son travail, "philosophe". Formé par des écoles de la IIIème République, le jeune élève a beaucoup travaillé, comme l'école le lui demandait, avant de commencer un travail personnel, là où d'autres se sont contentés de produire des cours. Les évènements, les structures de son époque, furent tels qu'il ne lui a pas paru possible de se taire. Alain a donc beaucoup écrit, parlé, publiquement. Son engagement contre le militarisme, pour la paix, n'était pas plus facile qu'il ne l'est maintenant - mais au moins, à son époque, des armes d'extermination des peuples et du vivant n'existaient pas, et si elles avaient déjà existé, son engagement n'en aurait été que plus fort et radical. Hélas, à notre époque, tant se soumettent à la force des armes, qu'il ne faut pas confondre avec une "loi" humaine, digne de ce nom. Elles permettent à n'importe quel capricieux, sanguin, de décider de la mort de tant d'êtres humains, au motif de son bon plaisir et d'une prétendue "nécessité". Pour construire sa pensée, Alain a beaucoup lu, et notamment Platon. C'est ce qui a conduit à la rédaction et à la publication de ce texte, dans le bulletin de l'association.
Des extraits de ses textes sont disponibles via des catégories, comme présentées ci-dessus.
Par exemple, sur et contre "la guerre". La guerre (ce mot allemand en langue française), Alain l'a connu de près, puisqu'il s'est engagé en 1914, alors que commençait ce que l'on appelle la "première guerre mondiale". "Philosophe", il le démontre, dès lors qu'il prend le contrepied du "on dit" social dominant. Par exemple, il faut lire "La paix par le droit" : "Celui qui a proposé cette formule connue : « la paix par le droit » a fait tenir, il me semble, beaucoup d’erreurs en peu de mots. Là-dessus j’ai d’abord réfléchi longtemps, sans beaucoup de suite et sans jamais rien découvrir ; et puis, quand la guerre m’a tenu sur ce problème pendant des heures et des jours, j’ai enfin compris que les bonnes intentions ne mènent à rien tant que les idées sont mal attelées. « La paix par le droit », c’est un cri de guerre, à bien l’entendre ; c’est même le cri de la guerre. La première erreur qu’il faut effacer, c’est (...)". Dans le contexte actuel, sa critique de l'aporie de l'invocation du "droit" démontre à quel point ce qui domine la parole publique nationale est de si faible portée, profondeur.
A lire sur le site de l'association, le texte du président de l'association, Thierry Leterre, "Le philosophe Alain face à la guerre" : "Pour Alain, l’expérience de la guerre finit par se dédoubler. C’est l’expérience du danger au combat, de la souffrance des corps dans des conditions de vie précaires, mais aussi l’expérience de « l’esclavage militaire ». Aux tranchées, il a constaté un type de pouvoir détenu par les officiers qu’il compare à celui des « satrapes d’autrefois ». Il lui arrive de se rappeler la phrase d’un camarade de combat à propos de la hiérarchie militaire : « ils ne savent pas faire la guerre, mais ils savent commander ». C’est une façon d’indiquer que les formes militaires ont débordé, et de loin, les seules obligations de la guerre et de ses sacrifices : le pouvoir n’était pas seulement celui nécessaire au combat, mais une forme de nouvelle société hiérarchisée par la brutalité. La situation de l’homme de troupe, Alain la résume le lendemain de sa libération de l’armée dans une lettre à son ami Elie Halévy : « j’étais habitué au mépris »."
Il faut donc lire Alain, comme il faut lire Platon. Le site de l'association le permet, mais des lectures publiques existent aussi, des lectures qui précèdent des discussions. C'est ce que le vice-président de l'association Pierre Heudier anime régulièrement.
Dans son bulletin qui vient de paraître, l'association a publié le texte "Platon (Socrate), par Alain : « de bout en bout »". En effet, Alain a affirmé et démontré à quel point il fut un lecteur, attentif, réfléchi, des Dialogues. Un extrait de ce texte sera partagé ici dans quelques jours.
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L'association des amis d'Alain a été fondée 20 jours après le décès d'Émile-Auguste Chartier, surnommé "Alain", né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche, mort le 2 juin 1951 au Vésinet. Près de 75 ans plus tard, l'association existe encore, par l'engagement de lecteurs et lectrices, admirateurs d'un intellectuel français dont les oeuvres, les "propos", ont survécu à leur époque - ce qui ne sera pas le cas d'intellectuels actuels, médiatisés. L'association est animée par un conseil dont des membres sont indiqués par leur nom (image ci-dessus).








Ce site est le prolongement du livre "Platon, Une introduction...". Comme le livre, il ne contient pas une biographie de Platon, puisque les informations et les hypothèses concernant sa vie, sont exprimées sur de nombreux sites spécialisés, dans de nombreux ouvrages. Ils ne proposent pas également une présentation scolaire, ou académique, de Platon et de son oeuvre. Le livre et le site proposent des lectures de celle-ci, de prendre en compte chaque détail, comme nous le faisons pour un tableau.


Par exemple, dans ce tableau, nul ne songerait, pour le prendre en considération puis en parler, à nier explicitement un détail, à le penser et à parler de lui, comme si tel ou tel détail ne faisait pas partie de l'ensemble. Or les oeuvres "littéraires", sont composées par un ensemble d'images, comme des pixels : chaque lettre, associée à d'autres, forme un mot-image, et les phrases forment des images. Avant la photographie et le cinématographe, chaque lecture d'un livre consistait en une floraison d'images, selon les capacités, "l'imagination" des lecteurs - puis la photographie et le cinématographe sont venus proposer leurs productions, "reproductions".

C'est ce que fait la série, "Fondation" (ici, saison 3), à partir de la saga d'Isaac Asimov. Les récits-dialogues nous proposent une suite d'images, contraignantes et floues, puisque, à la différence des auteurs en littérature, Platon n'énonce pas des descriptions précises des personnages, des caractéristiques de leur corps, de leur allure, etc. Mais pour ce qui lui importe, Platon est précis. C'est ce qui est expliqué, par exemple, concernant le début de "Politeia" ("La République"). Il se trouve que certains détails sont très significatifs, "changent tout". Des lectures rapides ont pu favoriser des interprétations superficielles. Dans un ouvrage de 96 pages, il ne s'agit pas d'expliquer tout, ce qui est, de facto impossible, mais, en rendant explicite la structure de l'oeuvre, des détails importants sur ces représentations, il y a et il y aura un acquis essentiel, celui de ne pas confondre la pensée de Platon avec ce qu'elle n'est pas. A partir de la somme des détails que nous devons prendre en compte, quelle image globale pouvons-nous et devons-nous former de cette oeuvre ?
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Ce site est publié à partir de septembre 2025. Au fur et à mesure des prochains mois, de nouvelles publications seront ajoutées, dans les catégories-pages indiquées en en-tête. Dans les prochaines semaines, plusieurs sujets importants évoqués ou présentés, analysés, dans ce livre, seront développés dans des textes complémentaires.
"L'Odyssée", une ode à l'Humanité souffrante, la première critique "argumentée" des guerriers et de la guerre
A l'été 2026, le film de Christopher Nolan "L'Odyssée" paraîtra sur les écrans du monde. Des premières images, des premiers extraits, en ont été révélés, d'une bande-annonce jusqu'au prologue. Nolan, citoyen américain, lié à l'Etat le plus militarisé et le plus belliqueux du monde, comment a-t-il compris le récit homérique ? : comme d'un Ulysse-Rambo avant l'heure, comme d'une mise en image d'un traité militaire, à la Clausewitz - ou d'un récit humain sur les souffrances des guerriers causées par les guerriers ?
C'est que le propos homérique peut être perçu superficiellement : puisque les personnages principaux sont des guerriers, puisque certains de ceux-ci, ayant entrepris une guerre, sont parvenus à la "gagner", en détruisant la ville de Troie et toute sa population (un vrai populicide, cf. un autre texte déjà publié, Gaza/Troie), puisque le roi d'Ithaque, Ulysse, finit par retrouver son île, sa patrie, sa royauté, c'est donc que, "Homère", cette voix qui, via nous, conte l'histoire de l'errance de "Personne", est en empathie avec ce "héros", qu'il nous désigne comme tel, à l'admiration et à l'imitation. Mais Ulysse est bien plus et bien pire que le "rusé" : il est celui qui a permis aux Achéens d'entrer dans Troie, via son Cheval de bois, que les Troyens ont eu la folie de percevoir comme il le voulait, un "cadeau" fait à eux-mêmes et aux Dieux pour la résistance de la ville pendant 10 ans, et ce alors qu'une citoyenne de Troie, Cassandre, voyait clair dans le jeu d'Ulysse. Ulysse est le responsable et coupable d'un crime de masse, puisqu'il a offert à des guerriers qui échouaient à entrer dans la ville de Troie par leur "héroïsme", bravoure, de pouvoir y entrer par une grande porte, ouverte par des "embedded", pour utiliser un néologisme actuel. Or, dès le commencement du récit de la guerre de Troie dans "L'Iliade", le récit met en cause autant le Roi des Rois, Agamemnon, que son mercenaire le plus célèbre, Achille, chef des Myrmidons, qui se disputent comme des enfants pour ce qu'ils ont, ensemble, volé. Nous n'avons pas à faire à des guerriers qui défendent leur cité, mais à des pillards qui voulaient faire tomber Troie pour s'emparer de ses richesses. Avec "L'Odyssée", l'histoire devient hallucinatoire, parce qu'Ulysse ne parvient pas à revenir chez lui : la mort, celle que lui et les siens ont "donné" aux Troyens, celle que tant des siens ont trouvé sur le champ de bataille et lors du sac de la ville, est omniprésente, et Ulysse est ce rêve de vivre comme un Dieu sur une île, à distance des conflits humains. C'est dire à quel point les Dialogues de Platon, bien que connus pour leurs critiques envers des images, des assertions homériques, ont pour condition de possibilité ces récits, ce récit, dans la mesure où le propos structurel se définit par cette mise en scène de la petitesse intellectuelle et morale des guerriers, de leurs crimes, une critique de la domination des populations grecques, des cités, par ces sanguinaires, pas "poètes" pour un sou (leur mépris pour la poésie, les chants, ces "affaires de femmes"). Aujourd'hui, comme il y a 3000 ans, cette même critique, par Homère, puis par Platon, vaut, et elle concerne au premier chef les Etats-Unis.










La présentation du livre :
Si des encyclopédies et des "IA" prétendent que sur chaque sujet, elles ont, sont, les réponses, la lecture de celles-ci conduit souvent à la conclusion que les promesses ne sont pas tenues, parce que des questions restent sans aucune réponse, parce que des questions ne sont pas posées. Les nouvelles générations peuvent se réjouir : il y a bien du travail pour elles, et cet ouvrage entend le démontrer à propos des Dialogues de Platon. De ceux-ci (2000 pages dans une édition récente en un seul volume), ce livre est une "introduction" : 30 ans après un travail universitaire consacré à Platon, préparatoire à une thèse en Philosophie, de nombreuses lectures et recherches sur le sujet, des années d'enseignement, il s'agit, par ces 5 entrées, Muthos (les récits), Mystères (l'expérience et ses secrets), Tragédies (l'Histoire et ses représentations), Dialogues (la relation humaine idéale), Logos (la Parole), de révéler l'ensemble de la structure de cette pensée, ses conditions, ses problématiques, objectifs, dons. Dans ses principes, il y a la Musique, décisive, pour désigner toute la culture, le corps humain si particulier, avec, par exemple, ses visions, l'importance des autres êtres humains (au point que le dernier grand personnage des Dialogues est appelé, simplement, "l'Étranger"), la construction de nos communautés, le projet d'une meilleure pensée, d'une meilleure Parole, pour une meilleure Communauté, enfin, unie - parce qu'il n'est pas possible de comprendre cette pensée sans connaître ce problème des Grecs, leur penchant pour les querelles et pire encore. La pensée de Platon est autrement plus complexe, subtile, puissante, que ne le dit la fameuse caricature par Karl Popper (Platon, totalitaire !). Si elle peut être contredite, critiquée, il faut au moins la connaître réellement. Des anti platoniciens explicites, comme Nietzsche, ont pu y prétendre mais n'ont rien proposé qui soit à la hauteur. Pour affronter un géant, qui n'est pas un cyclope, il ne faut pas se réduire à la négation infantile, à la réduction caricaturale, puisqu'il faut en avoir une véritable connaissance et se connaître soi-même, ce qui n'est pas aussi facile qu'on peut le croire et le dire. Si Platon a bien perçu et évoqué l'existence et l'impression publique des prétentieux, il n'a que faire de ces tricheurs, ceux qui font semblant. Et nous ? Il appartient à chacune, chacun, de décider où elle et il se situent.

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Jean-Pierre Vernant Jean‑Pierre Vernant (1914‑2007
De formations : Historien, anthropologue et philosophe français, spécialisé dans la Grèce antique, en particulier, les mythes, la tragédie et la société grecques. Agrégé en philosophie en 1937 ; Membre de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale (chef des FFI en Haute‑Garonne sous le nom de « Colonel Berthier »). professeur au Collège de France et membre du CNRS, où il a dirigé la section d’anthropologie de la Grèce ancienne. Œuvres majeures : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (avec Pierre Vidal‑Naquet); Œdipe et ses mythes (avec Pierre Vidal‑Naquet); L’univers, les dieux, les hommes (essais sur la pensée grecque)
Dans "Les origines de la pensée grecque", Jean-Pierre Vernant a écrit, à propos du "Muthos"... (préface à la nouvelle édition)
« Ce qui est vrai de la raison ne l’est pas moins du mythe. Les travaux récents des anthropologues nous mettent en garde contre la tentation d’ériger le mythe en une sorte de réalité mentale inscrite dans la nature humaine et que l’on retrouverait à l’œuvre partout et toujours, soit avant, soit à côté, soit à l’arrière-plan des opérations proprement rationnelles. Deux raisons, dans le cas grec, nous incitent à la prudence et nous recommandent de distinguer dans la pensée mythique des formes et des niveaux divers. Le mot mythe nous vient des Grecs. Mais il n’avait pas pour ceux qui l’employaient aux temps archaïques le sens que nous lui donnons aujourd’hui. Muthos veut dire « parole », « récit ». Il ne s’oppose pas, tout d’abord, à logos dont le sens premier est également « parole, discours », avant de désigner l’intelligence et la raison. C’est seulement dans le cadre de l’exposé philosophique ou de l’enquête historique qu’à partir du Ve siècle muthos, mis en opposition avec logos, pourra se charger d’une nuance péjorative et désigner une assertion vaine, dénuée de fondement faute de s’appuyer sur une démonstration rigoureuse ou un témoignage fiable. Mais même dans ce cas muthos, disqualifié du point de vue du vrai dans son contraste avec logos, ne s’applique pas à une catégorie précise de récits sacrés concernant les dieux ou les héros. Multiforme comme Protée, il désigne des réalités très diverses : théogonies et cosmogonies, certes, mais aussi fables de toute sorte, généalogies, contes de nourrice, proverbes, moralités, sentences traditionnelles ; en bref, tous les on-dit qui se transmettent comme spontanément de bouche à oreille. Le muthos se présente donc, dans le contexte grec, non comme une forme particulière de pensée mais comme l’ensemble de ce que véhicule et diffuse, au hasard des contacts, des rencontres, des conversations, cette puissance sans visage, anonyme, insaisissable que Platon nomme Phèmè, la Rumeur. Or, précisément, cette Rumeur dont est faite le « muthos grec, nous ne pouvons la saisir ; d’où un motif supplémentaire de prudence. Dans les civilisations traditionnelles qui ont conservé leur caractère oral, les ethnologues, quand ils mènent leur enquête sur le terrain, peuvent se mettre à l’écoute des récits de toutes sortes qui forment, par leur répétition, la trame des savoirs communs des membres du groupe. Mais pour la Grèce nous ne possédons et ne posséderons jamais que des textes écrits. Nos mythes ne nous parviennent pas vivants à travers les paroles sans cesse reprises et modifiées par la Rumeur ; ils sont définitivement fixés dans les œuvres des poètes épiques, lyriques, tragiques qui les utilisent en fonction de leurs propres exigences esthétiques et leur confèrent ainsi, dans la perfection de leur forme, une dimension littéraire. Les recueils qu’à l’époque hellénistique confectionnent des érudits en colligeant systématiquement, transcrivant, classant les traditions légendaires pour les regrouper et les ajuster ensemble sous forme de répertoires mythologiques, ont le même caractère d’œuvre écrite, élaborée par tel ou tel auteur.
Il s’agit donc aujourd’hui, non de dresser l’un en face de l’autre comme deux adversaires bien distincts avec chacun ses armes propres, le mythe et la raison, mais de comparer, par une analyse[…] »








