



Des "Gardiens" - suite : qui, quand et comment ?
Des doctrines, des analyses, des discours, politique, de pensée politique, n'hésitent pas à être incohérents : par exemple, certains disent de certains régimes politiques qu'ils sont "méritocratiques", quand d'autres ne le seraient pas. La sélection/élection des meilleurs serait un principe politique particulier, contredit par les régimes politiques définis par un strict égalitarisme. Si, en mathématiques, les raisonnements en échec sont montrés et démontrés en tant que tels, il faut constater que, concernant des principes fondamentaux et simples concernant les groupes humains, leurs organisations et leurs fonctionnements, de tels raisonnements peuvent circuler aisément, même à des niveaux élevés, ce qui prouve, pour les populations concernés, que les meilleurs n'ont pas été sélectionnés, et ce fait ne contredit pas le principe. En effet, ce n'est pas parce qu'un principe vaut que son application particulière est sensée, rigoureuse, pertinente. C'est que, entre les efforts et les exploits, physiques, et les efforts et les exploits, intellectuels, il n'y a pas le même caractère d'évidence : avec leurs Jeux Olympiques, les Grecs anciens ont inauguré une pratique probante, puisque, dès lors qu'une mesure est définie pour une course de vitesse, il suffit de faire partir des candidat(e)s en même temps, pour constater l'ordre final. Là, la comparaison est raison, est par la raison, celle qui fonde les mesures d'espace et de temps. Mais concernant les efforts et les exploits intellectuels, les exercices et les unités de mesure sont plus difficiles. Des efforts physiques, les capacités humaines sont très limitées, avec, des courses, des sauts, des jets, des retenues, des habiletés. Des efforts intellectuels, les capacités sont aussi limitées, mais ils sont plus divers : toute la réalité quotidienne en provient, avec des actes répétés, fondamentaux, "normaux", et des actes plus rares, notamment quand ils sont novateurs. Et les unités de mesure, comme le QI, sont problématiques : les adeptes et membres de MENSA ont beau être connus et reconnus pour leur niveau intellectuel, le seul juge de paix de l'existence de ce niveau réside dans des démonstrations personnelles en dehors des cercles MENSA, par exemple, par la production, création, de nouvelles connaissances, de nouvelles oeuvres. Mais quoiqu'il en soit, malgré tout, tous les systèmes mondiaux de connaissance/reconnaissance des acquis intellectuels organisent la sélection/élection des meilleurs, supposés, et, parfois, réels. De ce point de vue, Platon, là encore, à partir de la matrice aristocratique grecque (les aristoï, les meilleurs), jusqu'à ses "gardiens" de la République, constate et maintient un principe universel, fondateur. Qui irait confier la défense de la cité à des incapables, ivrognes, nihilistes ? Dans un sport collectif avec des équipes adverses, qui préférerait sélectionner les moins bons joueurs, dès lors qu'il s'agit de gagner ? Qui préférerait donner à un Jean-Claude Roman, le titre de docteur en médecine, plutôt qu'à un(e) étudiant(e) qui a réellement travaillé et appris pendant ses années de médecine ? En France, de l'Ancien Régime à aujourd'hui, ce principe s'est maintenu mais a changé d'interprétation politique : avant 1789, les meilleurs (ils y prétendaient fortement) étaient les fils (et filles - à un moindre degré), des familles nobles, et des familles de la grande bourgeoisie, mais les premiers toisaient les seconds. Après 1789, les meilleurs pouvaient être composés par des citoyens n'ayant pas une même origine sociale - en principe, mais rapidement, la préférence sociale a été réinstaurée. Le "mérite par naissance" ou le "mérite par nom" ou le "mérite par appartenance à un réseau social", est revenu contredire le "mérite par l'exemple" : des individus qui, clairement, ne sont pas les meilleurs, sont cooptés par le système politique et économique, devant celles et ceux qui sont les plus capables. La réalité française contemporaine associe les deux champs, notamment parce que, dans certains domaines où les enjeux sont vitaux, comme en médecine, il n'est pas possible (relativement) de confier les responsabilités à des individus qui ont moins de connaissances, capacités : par exemple, si la vie d'une personne importante est en jeu, et qu'il faut opérer, le système ne tolèrera pas qu'un chirurgien moins capable soit préféré à un chirurgien qui l'est plus. La gestion des centrales nucléaires ne sera pas confiée à des ingénieurs médiocres. Evidemment, puisque nous parlons de la réalité, il y a des exceptions, des faits minoritaires qui contredisent une telle certitude, parce que le pouvoir politique a permis, permet, à des individus d'en préférer d'autres, pour des motifs particuliers, contraires au principe. Dans certains domaines, de tels choix finissent par être socialement connus et mis en cause, suscitent des polémiques sociales intenses. LE problème est donc clair mais très complexe : il faut déterminer celles et ceux qui, dans ces efforts et exploits intellectuels/politiques, sont les meilleurs, et par conséquent, comment il faut être organisé pour s'assurer que ce soit ces personnes et pas d'autres, qui aient les plus grandes responsabilités. Que ce soit par l'argent familial (le cens) ou par tirage au sort (le hasard), ces modes de sélection sont connus pour être inefficaces, injustes, voire dangereux, puisqu'ils organisent la promotion d'individus qui sont souvent des incapables ou des peu capables. L'affirmation de la volonté (je veux être...) n'a pas plus de pertinence. La lecture de La République incite à cette réflexion. Hélas, depuis 2500 ans, nous faisons trop de surplace, quand nous ne régressons pas, parce que nous ne nous attaquons pas aux difficultés, intellectuelles et politiques. Ici, nous ne nous contenterons pas de ces évidences fondamentales, parce que nous avons le devoir d'avoir plus d'ambition pour nous-mêmes et pour les autres.
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Platon, par Alain : le bulletin de l'association Alain publie...
Elle incite à la lecture, relecture, des oeuvres et des textes de ce professeur de Philosophie, devenu, par son travail, "philosophe". Formé par des écoles de la IIIème République, le jeune élève a beaucoup travaillé, comme l'école le lui demandait, avant de commencer un travail personnel, là où d'autres se sont contentés de produire des cours. Les évènements, les structures de son époque, furent tels qu'il ne lui a pas paru possible de se taire. Alain a donc beaucoup écrit, parlé, publiquement. Son engagement contre le militarisme, pour la paix, n'était pas plus facile qu'il ne l'est maintenant - mais au moins, à son époque, des armes d'extermination des peuples et du vivant n'existaient pas, et si elles avaient déjà existé, son engagement n'en aurait été que plus fort et radical. Hélas, à notre époque, tant se soumettent à la force des armes, qu'il ne faut pas confondre avec une "loi" humaine, digne de ce nom. Elles permettent à n'importe quel capricieux, sanguin, de décider de la mort de tant d'êtres humains, au motif de son bon plaisir et d'une prétendue "nécessité". Pour construire sa pensée, Alain a beaucoup lu, et notamment Platon. C'est ce qui a conduit à la rédaction et à la publication de ce texte, dans le bulletin de l'association.
Des extraits de ses textes sont disponibles via des catégories, comme présentées ci-dessus.
Par exemple, sur et contre "la guerre". La guerre (ce mot allemand en langue française), Alain l'a connu de près, puisqu'il s'est engagé en 1914, alors que commençait ce que l'on appelle la "première guerre mondiale". "Philosophe", il le démontre, dès lors qu'il prend le contrepied du "on dit" social dominant. Par exemple, il faut lire "La paix par le droit" : "Celui qui a proposé cette formule connue : « la paix par le droit » a fait tenir, il me semble, beaucoup d’erreurs en peu de mots. Là-dessus j’ai d’abord réfléchi longtemps, sans beaucoup de suite et sans jamais rien découvrir ; et puis, quand la guerre m’a tenu sur ce problème pendant des heures et des jours, j’ai enfin compris que les bonnes intentions ne mènent à rien tant que les idées sont mal attelées. « La paix par le droit », c’est un cri de guerre, à bien l’entendre ; c’est même le cri de la guerre. La première erreur qu’il faut effacer, c’est (...)". Dans le contexte actuel, sa critique de l'aporie de l'invocation du "droit" démontre à quel point ce qui domine la parole publique nationale est de si faible portée, profondeur.
Il faut donc lire Alain, comme il faut lire Platon. Le site de l'association le permet, mais des lectures publiques existent aussi, des lectures qui précèdent des discussions. C'est ce que le vice-président de l'association Pierre Heudier anime régulièrement.
Dans son bulletin qui vient de paraître, l'association a publié le texte "Platon (Socrate), par Alain : « de bout en bout »". En effet, Alain a affirmé et démontré à quel point il fut un lecteur, attentif, réfléchi, des Dialogues. Un extrait de ce texte sera partagé ici dans quelques jours.
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L'association des amis d'Alain a été fondée 20 jours après le décès d'Émile-Auguste Chartier, surnommé "Alain", né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche, mort le 2 juin 1951 au Vésinet. Près de 75 ans plus tard, l'association existe encore, par l'engagement de lecteurs et lectrices, admirateurs d'un intellectuel français dont les oeuvres, les "propos", ont survécu à leur époque - ce qui ne sera pas le cas d'intellectuels actuels, médiatisés. L'association est animée par un conseil dont des membres sont indiqués par leur nom (image ci-dessus).








Ce site est le prolongement du livre "Platon, Une introduction...". Comme le livre, il ne contient pas une biographie de Platon, puisque les informations et les hypothèses concernant sa vie, sont exprimées sur de nombreux sites spécialisés, dans de nombreux ouvrages. Ils ne proposent pas également une présentation scolaire, ou académique, de Platon et de son oeuvre. Le livre et le site proposent des lectures de celle-ci, de prendre en compte chaque détail, comme nous le faisons pour un tableau.


Par exemple, dans ce tableau, nul ne songerait, pour le prendre en considération puis en parler, à nier explicitement un détail, à le penser et à parler de lui, comme si tel ou tel détail ne faisait pas partie de l'ensemble. Or les oeuvres "littéraires", sont composées par un ensemble d'images, comme des pixels : chaque lettre, associée à d'autres, forme un mot-image, et les phrases forment des images. Avant la photographie et le cinématographe, chaque lecture d'un livre consistait en une floraison d'images, selon les capacités, "l'imagination" des lecteurs - puis la photographie et le cinématographe sont venus proposer leurs productions, "reproductions".

C'est ce que fait la série, "Fondation" (ici, saison 3), à partir de la saga d'Isaac Asimov. Les récits-dialogues nous proposent une suite d'images, contraignantes et floues, puisque, à la différence des auteurs en littérature, Platon n'énonce pas des descriptions précises des personnages, des caractéristiques de leur corps, de leur allure, etc. Mais pour ce qui lui importe, Platon est précis. C'est ce qui est expliqué, par exemple, concernant le début de "Politeia" ("La République"). Il se trouve que certains détails sont très significatifs, "changent tout". Des lectures rapides ont pu favoriser des interprétations superficielles. Dans un ouvrage de 96 pages, il ne s'agit pas d'expliquer tout, ce qui est, de facto impossible, mais, en rendant explicite la structure de l'oeuvre, des détails importants sur ces représentations, il y a et il y aura un acquis essentiel, celui de ne pas confondre la pensée de Platon avec ce qu'elle n'est pas. A partir de la somme des détails que nous devons prendre en compte, quelle image globale pouvons-nous et devons-nous former de cette oeuvre ?
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Ce site est publié à partir de septembre 2025. Au fur et à mesure des prochains mois, de nouvelles publications seront ajoutées, dans les catégories-pages indiquées en en-tête. Dans les prochaines semaines, plusieurs sujets importants évoqués ou présentés, analysés, dans ce livre, seront développés dans des textes complémentaires.
"L'Odyssée", une ode à l'Humanité souffrante, la première critique "argumentée" des guerriers et de la guerre
A l'été 2026, le film de Christopher Nolan "L'Odyssée" paraîtra sur les écrans du monde. Des premières images, des premiers extraits, en ont été révélés, d'une bande-annonce jusqu'au prologue. Nolan, citoyen américain, lié à l'Etat le plus militarisé et le plus belliqueux du monde, comment a-t-il compris le récit homérique ? : comme d'un Ulysse-Rambo avant l'heure, comme d'une mise en image d'un traité militaire, à la Clausewitz - ou d'un récit humain sur les souffrances des guerriers causées par les guerriers ?
C'est que le propos homérique peut être perçu superficiellement : puisque les personnages principaux sont des guerriers, puisque certains de ceux-ci, ayant entrepris une guerre, sont parvenus à la "gagner", en détruisant la ville de Troie et toute sa population (un vrai populicide, cf. un autre texte déjà publié, Gaza/Troie), puisque le roi d'Ithaque, Ulysse, finit par retrouver son île, sa patrie, sa royauté, c'est donc que, "Homère", cette voix qui, via nous, conte l'histoire de l'errance de "Personne", est en empathie avec ce "héros", qu'il nous désigne comme tel, à l'admiration et à l'imitation. Mais Ulysse est bien plus et bien pire que le "rusé" : il est celui qui a permis aux Achéens d'entrer dans Troie, via son Cheval de bois, que les Troyens ont eu la folie de percevoir comme il le voulait, un "cadeau" fait à eux-mêmes et aux Dieux pour la résistance de la ville pendant 10 ans, et ce alors qu'une citoyenne de Troie, Cassandre, voyait clair dans le jeu d'Ulysse. Ulysse est le responsable et coupable d'un crime de masse, puisqu'il a offert à des guerriers qui échouaient à entrer dans la ville de Troie par leur "héroïsme", bravoure, de pouvoir y entrer par une grande porte, ouverte par des "embedded", pour utiliser un néologisme actuel. Or, dès le commencement du récit de la guerre de Troie dans "L'Iliade", le récit met en cause autant le Roi des Rois, Agamemnon, que son mercenaire le plus célèbre, Achille, chef des Myrmidons, qui se disputent comme des enfants pour ce qu'ils ont, ensemble, volé. Nous n'avons pas à faire à des guerriers qui défendent leur cité, mais à des pillards qui voulaient faire tomber Troie pour s'emparer de ses richesses. Avec "L'Odyssée", l'histoire devient hallucinatoire, parce qu'Ulysse ne parvient pas à revenir chez lui : la mort, celle que lui et les siens ont "donné" aux Troyens, celle que tant des siens ont trouvé sur le champ de bataille et lors du sac de la ville, est omniprésente, et Ulysse est ce rêve de vivre comme un Dieu sur une île, à distance des conflits humains. C'est dire à quel point les Dialogues de Platon, bien que connus pour leurs critiques envers des images, des assertions homériques, ont pour condition de possibilité ces récits, ce récit, dans la mesure où le propos structurel se définit par cette mise en scène de la petitesse intellectuelle et morale des guerriers, de leurs crimes, une critique de la domination des populations grecques, des cités, par ces sanguinaires, pas "poètes" pour un sou (leur mépris pour la poésie, les chants, ces "affaires de femmes"). Aujourd'hui, comme il y a 3000 ans, cette même critique, par Homère, puis par Platon, vaut, et elle concerne au premier chef les Etats-Unis.










La présentation du livre :
Si des encyclopédies et des "IA" prétendent que sur chaque sujet, elles ont, sont, les réponses, la lecture de celles-ci conduit souvent à la conclusion que les promesses ne sont pas tenues, parce que des questions restent sans aucune réponse, parce que des questions ne sont pas posées. Les nouvelles générations peuvent se réjouir : il y a bien du travail pour elles, et cet ouvrage entend le démontrer à propos des Dialogues de Platon. De ceux-ci (2000 pages dans une édition récente en un seul volume), ce livre est une "introduction" : 30 ans après un travail universitaire consacré à Platon, préparatoire à une thèse en Philosophie, de nombreuses lectures et recherches sur le sujet, des années d'enseignement, il s'agit, par ces 5 entrées, Muthos (les récits), Mystères (l'expérience et ses secrets), Tragédies (l'Histoire et ses représentations), Dialogues (la relation humaine idéale), Logos (la Parole), de révéler l'ensemble de la structure de cette pensée, ses conditions, ses problématiques, objectifs, dons. Dans ses principes, il y a la Musique, décisive, pour désigner toute la culture, le corps humain si particulier, avec, par exemple, ses visions, l'importance des autres êtres humains (au point que le dernier grand personnage des Dialogues est appelé, simplement, "l'Étranger"), la construction de nos communautés, le projet d'une meilleure pensée, d'une meilleure Parole, pour une meilleure Communauté, enfin, unie - parce qu'il n'est pas possible de comprendre cette pensée sans connaître ce problème des Grecs, leur penchant pour les querelles et pire encore. La pensée de Platon est autrement plus complexe, subtile, puissante, que ne le dit la fameuse caricature par Karl Popper (Platon, totalitaire !). Si elle peut être contredite, critiquée, il faut au moins la connaître réellement. Des anti platoniciens explicites, comme Nietzsche, ont pu y prétendre mais n'ont rien proposé qui soit à la hauteur. Pour affronter un géant, qui n'est pas un cyclope, il ne faut pas se réduire à la négation infantile, à la réduction caricaturale, puisqu'il faut en avoir une véritable connaissance et se connaître soi-même, ce qui n'est pas aussi facile qu'on peut le croire et le dire. Si Platon a bien perçu et évoqué l'existence et l'impression publique des prétentieux, il n'a que faire de ces tricheurs, ceux qui font semblant. Et nous ? Il appartient à chacune, chacun, de décider où elle et il se situent.

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Jean-Pierre Vernant Jean‑Pierre Vernant (1914‑2007
De formations : Historien, anthropologue et philosophe français, spécialisé dans la Grèce antique, en particulier, les mythes, la tragédie et la société grecques. Agrégé en philosophie en 1937 ; Membre de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale (chef des FFI en Haute‑Garonne sous le nom de « Colonel Berthier »). professeur au Collège de France et membre du CNRS, où il a dirigé la section d’anthropologie de la Grèce ancienne. Œuvres majeures : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (avec Pierre Vidal‑Naquet); Œdipe et ses mythes (avec Pierre Vidal‑Naquet); L’univers, les dieux, les hommes (essais sur la pensée grecque)
Dans "Les origines de la pensée grecque", Jean-Pierre Vernant a écrit, à propos du "Muthos"... (préface à la nouvelle édition)
« Ce qui est vrai de la raison ne l’est pas moins du mythe. Les travaux récents des anthropologues nous mettent en garde contre la tentation d’ériger le mythe en une sorte de réalité mentale inscrite dans la nature humaine et que l’on retrouverait à l’œuvre partout et toujours, soit avant, soit à côté, soit à l’arrière-plan des opérations proprement rationnelles. Deux raisons, dans le cas grec, nous incitent à la prudence et nous recommandent de distinguer dans la pensée mythique des formes et des niveaux divers. Le mot mythe nous vient des Grecs. Mais il n’avait pas pour ceux qui l’employaient aux temps archaïques le sens que nous lui donnons aujourd’hui. Muthos veut dire « parole », « récit ». Il ne s’oppose pas, tout d’abord, à logos dont le sens premier est également « parole, discours », avant de désigner l’intelligence et la raison. C’est seulement dans le cadre de l’exposé philosophique ou de l’enquête historique qu’à partir du Ve siècle muthos, mis en opposition avec logos, pourra se charger d’une nuance péjorative et désigner une assertion vaine, dénuée de fondement faute de s’appuyer sur une démonstration rigoureuse ou un témoignage fiable. Mais même dans ce cas muthos, disqualifié du point de vue du vrai dans son contraste avec logos, ne s’applique pas à une catégorie précise de récits sacrés concernant les dieux ou les héros. Multiforme comme Protée, il désigne des réalités très diverses : théogonies et cosmogonies, certes, mais aussi fables de toute sorte, généalogies, contes de nourrice, proverbes, moralités, sentences traditionnelles ; en bref, tous les on-dit qui se transmettent comme spontanément de bouche à oreille. Le muthos se présente donc, dans le contexte grec, non comme une forme particulière de pensée mais comme l’ensemble de ce que véhicule et diffuse, au hasard des contacts, des rencontres, des conversations, cette puissance sans visage, anonyme, insaisissable que Platon nomme Phèmè, la Rumeur. Or, précisément, cette Rumeur dont est faite le « muthos grec, nous ne pouvons la saisir ; d’où un motif supplémentaire de prudence. Dans les civilisations traditionnelles qui ont conservé leur caractère oral, les ethnologues, quand ils mènent leur enquête sur le terrain, peuvent se mettre à l’écoute des récits de toutes sortes qui forment, par leur répétition, la trame des savoirs communs des membres du groupe. Mais pour la Grèce nous ne possédons et ne posséderons jamais que des textes écrits. Nos mythes ne nous parviennent pas vivants à travers les paroles sans cesse reprises et modifiées par la Rumeur ; ils sont définitivement fixés dans les œuvres des poètes épiques, lyriques, tragiques qui les utilisent en fonction de leurs propres exigences esthétiques et leur confèrent ainsi, dans la perfection de leur forme, une dimension littéraire. Les recueils qu’à l’époque hellénistique confectionnent des érudits en colligeant systématiquement, transcrivant, classant les traditions légendaires pour les regrouper et les ajuster ensemble sous forme de répertoires mythologiques, ont le même caractère d’œuvre écrite, élaborée par tel ou tel auteur.
Il s’agit donc aujourd’hui, non de dresser l’un en face de l’autre comme deux adversaires bien distincts avec chacun ses armes propres, le mythe et la raison, mais de comparer, par une analyse[…] »








