Des "Gardiens" - suite : qui, quand et comment ?

2/10/20264 min temps de lecture

Des doctrines, des analyses, des discours, politique, de pensée politique, n'hésitent pas à être incohérents : par exemple, certains disent de certains régimes politiques qu'ils sont "méritocratiques", quand d'autres ne le seraient pas. La sélection/élection des meilleurs serait un principe politique particulier, contredit par les régimes politiques définis par un strict égalitarisme. Si, en mathématiques, les raisonnements en échec sont montrés et démontrés en tant que tels, il faut constater que, concernant des principes fondamentaux et simples concernant les groupes humains, leurs organisations et leurs fonctionnements, de tels raisonnements peuvent circuler aisément, même à des niveaux élevés, ce qui prouve, pour les populations concernés, que les meilleurs n'ont pas été sélectionnés, et ce fait ne contredit pas le principe. En effet, ce n'est pas parce qu'un principe vaut que son application particulière est sensée, rigoureuse, pertinente. C'est que, entre les efforts et les exploits, physiques, et les efforts et les exploits, intellectuels, il n'y a pas le même caractère d'évidence : avec leurs Jeux Olympiques, les Grecs anciens ont inauguré une pratique probante, puisque, dès lors qu'une mesure est définie pour une course de vitesse, il suffit de faire partir des candidat(e)s en même temps, pour constater l'ordre final. Là, la comparaison est raison, est par la raison, celle qui fonde les mesures d'espace et de temps. Mais concernant les efforts et les exploits intellectuels, les exercices et les unités de mesure sont plus difficiles. Des efforts physiques, les capacités humaines sont très limitées, avec, des courses, des sauts, des jets, des retenues, des habiletés. Des efforts intellectuels, les capacités sont aussi limitées, mais ils sont plus divers : toute la réalité quotidienne en provient, avec des actes répétés, fondamentaux, "normaux", et des actes plus rares, notamment quand ils sont novateurs. Et les unités de mesure, comme le QI, sont problématiques : les adeptes et membres de MENSA ont beau être connus et reconnus pour leur niveau intellectuel, le seul juge de paix de l'existence de ce niveau réside dans des démonstrations personnelles en dehors des cercles MENSA, par exemple, par la production, création, de nouvelles connaissances, de nouvelles oeuvres. Mais quoiqu'il en soit, malgré tout, tous les systèmes mondiaux de connaissance/reconnaissance des acquis intellectuels organisent la sélection/élection des meilleurs, supposés, et, parfois, réels. De ce point de vue, Platon, là encore, à partir de la matrice aristocratique grecque (les aristoï, les meilleurs), jusqu'à ses "gardiens" de la République, constate et maintient un principe universel, fondateur. Qui irait confier la défense de la cité à des incapables, ivrognes, nihilistes ? Dans un sport collectif avec des équipes adverses, qui préférerait sélectionner les moins bons joueurs, dès lors qu'il s'agit de gagner ? Qui préférerait donner à un Jean-Claude Roman, le titre de docteur en médecine, plutôt qu'à un(e) étudiant(e) qui a réellement travaillé et appris pendant ses années de médecine ? En France, de l'Ancien Régime à aujourd'hui, ce principe s'est maintenu mais a changé d'interprétation politique : avant 1789, les meilleurs (ils y prétendaient fortement) étaient les fils (et filles - à un moindre degré), des familles nobles, et des familles de la grande bourgeoisie, mais les premiers toisaient les seconds. Après 1789, les meilleurs pouvaient être composés par des citoyens n'ayant pas une même origine sociale - en principe, mais rapidement, la préférence sociale a été réinstaurée. Le "mérite par naissance" ou le "mérite par nom" ou le "mérite par appartenance à un réseau social", est revenu contredire le "mérite par l'exemple" : des individus qui, clairement, ne sont pas les meilleurs, sont cooptés par le système politique et économique, devant celles et ceux qui sont les plus capables. La réalité française contemporaine associe les deux champs, notamment parce que, dans certains domaines où les enjeux sont vitaux, comme en médecine, il n'est pas possible (relativement) de confier les responsabilités à des individus qui ont moins de connaissances, capacités : par exemple, si la vie d'une personne importante est en jeu, et qu'il faut opérer, le système ne tolèrera pas qu'un chirurgien moins capable soit préféré à un chirurgien qui l'est plus. La gestion des centrales nucléaires ne sera pas confiée à des ingénieurs médiocres. Evidemment, puisque nous parlons de la réalité, il y a des exceptions, des faits minoritaires qui contredisent une telle certitude, parce que le pouvoir politique a permis, permet, à des individus d'en préférer d'autres, pour des motifs particuliers, contraires au principe. Dans certains domaines, de tels choix finissent par être socialement connus et mis en cause, suscitent des polémiques sociales intenses. LE problème est donc clair mais très complexe : il faut déterminer celles et ceux qui, dans ces efforts et exploits intellectuels/politiques, sont les meilleurs, et par conséquent, comment il faut être organisé pour s'assurer que ce soit ces personnes et pas d'autres, qui aient les plus grandes responsabilités. Que ce soit par l'argent familial (le cens) ou par tirage au sort (le hasard), ces modes de sélection sont connus pour être inefficaces, injustes, voire dangereux, puisqu'ils organisent la promotion d'individus qui sont souvent des incapables ou des peu capables. L'affirmation de la volonté (je veux être...) n'a pas plus de pertinence. La lecture de La République incite à cette réflexion. Hélas, depuis 2500 ans, nous faisons trop de surplace, quand nous ne régressons pas, parce que nous ne nous attaquons pas aux difficultés, intellectuelles et politiques. Ici, nous ne nous contenterons pas de ces évidences fondamentales, parce que nous avons le devoir d'avoir plus d'ambition pour nous-mêmes et pour les autres.