En 2026, la deuxième épreuve de l'agrégation de Philosophie, concours externe, a pour sujet "la Paix"

12/28/20253 min temps de lecture

Dans la pensée commune, cette notion a une compréhension simple et pertinente, par son rapport, de différenciation/opposition, avec "la guerre". Ensemble, elles forment un cas parfait d'antonymie. Elles sont des moyens pour des métaphores, par leur transposition au sein d'un même individu ("il est en paix avec lui-même"), ou concernant la relation entre deux individus, comme par exemple ceux qui forment un couple (et dont on dit parfois que leur divorce se passe mal, que c'est une "guerre" pour la garde des enfants). D'un côté, il y a des relations humaines, sans tension, dominante, ni violences, également dominantes, et de l'autre, il n'y a plus d'autre "relation" que la production de violences qui, si elles sont suffisantes, conduisent à la fin de la guerre, à une "paix", sur le corps des cadavres. Si la paix est un mot doux, un mot qui suggère une tranquillité, cela n'implique pas qu'il ne se passe rien : grâce à la paix, les relations humaines peuvent exister, notamment des relations déterminées par une réciprocité d'égalité. En langue française, ce mot allemand de, "guerre" signifie, lui, que ces relations humaines de paix ne peuvent plus exister. De "guerre(s) et paix", la pensée philosophique s'est-elle exprimée, et si oui, par quels discours ? Le livre, "Platon, une introduction", entend problématiser l'identité/identification de Platon : nombre des lectures, "présentations", interprétations, savantes, historiques, se conjuguent dans un portrait d'un penseur, dégoûté par la condamnation à mort de Socrate, par "la politique", et qui, de ce fait, se serait spécialisé (séparé) dans un rapport aux "Idées", parce que "le philosophe", serait à part et au-dessus de la mêlée humaine. De ce fait, il se serait consacré à l'écriture d'oeuvres, destinées à favoriser la pensée philosophique. Or, si Platon est, en effet, en retrait, à l'écart de ce qui domine son époque, sa culture, ce n'est pas, comme avec Epicure, par "mépris pour la foule", en raison de la supériorité des "idées" et des siennes, mais parce qu'il ressent et exprime une pensée critique de la culture grecque, qui est, avant tout, une culture de guerriers, de guerres, de violences et homicides. Platon ne se contente pas d'évoquer la figure des "guerriers" : il propose une prise de contrôle du "thumos", ce coeur-au-coeur, de telle manière que la pulsion par et pour la violence ne puisse pas s'imposer sans raison sérieuse, sans une justification, et, d'une manière originale, il propose que ce soit via leur formation que les guerriers apprennent à ne pas se laisser aller. Et dans La République, ils passent ainsi de cette dénomination à celle de "gardiens", un glissement sémantique qui en dit long : les guerriers sont définis par la guerre, les gardiens "gardent" la cité, la protègent. De La République aux Lois, le problème de la guerre, la production de la paix, structurent la pensée et les discours. UNE FOIS DE PLUS, une telle orientation est, dans l'Histoire, inédite. AVANT Platon, il n'y a JAMAIS eu de tels discours, comparables. Platon ne se contente pas d'exprimer la valeur du principe pacifique, il le justifie. Et en faisant cela, il s'exprime à contre-courant de l'Histoire grecque, de la culture grecque dominante.

"Or, le plus grand bien d’un État n’est ni la guerre ni la sédition ; au contraire, on doit faire des vœux pour n’en avoir jamais besoin, mais la paix et la bienveillance entre les citoyens. La victoire qu’un État remporte pour ainsi dire sur lui-même peut passer pour un remède nécessaire, mais non pas pour un bien. Ce serait comme si l’on croyait qu’un corps malade et purgé avec soin par le médecin est alors dans la meilleure situation possible, et qu’on ne fît nulle attention à cette autre situation où il n’aurait aucun besoin de remèdes. Quiconque sera dans les mêmes principes par rapport au bonheur des États et des particuliers, et aura pour objet unique et principal les guerres du dehors, ne sera jamais un bon politique ni un sage législateur ; mais il faut qu’il règle tout ce qui concerne la guerre en vue de la paix, plutôt que de subordonner la paix à la guerre."