Etienne Klein et le plagiat

7/5/20263 min temps de lecture

Parler à la place de. Cette semaine, une personnalité publique, connue et "reconnue", porteuse d'un titre de "docteur en philosophie des sciences", a été déchue de ce titre. L'Université Paris Cité, après avoir pris le temps d'étudier le dossier par lequel des personnes mettaient en cause la probité d'Etienne Klein, pour une thèse dont une partie non négligeable relevait d'un copier/coller, SANS mention de sources, a pris cette décision. Une enquête journalistique avait établi que "88 des 429 pages du livre issu de la thèse, soit un peu plus de 20 % de l’ensemble", relevait de cette pratique, avec "des emprunts non signalés à une vingtaine d’auteurs et autrices, provenant aussi bien d’ouvrages spécialisés que de textes plus grand public. Parmi les sources identifiées figuraient notamment Louis de Broglie, Albert Camus, Jean-Michel Besnier, Daniel Parrochia, François Grégoire, Gerald Holton ou encore Michel Paty, membre du jury de thèse". Ici, nous avons indiqué à tout lecteur que nous citons, par des guillemets, parce que le texte publié, duquel proviennent ces extraits, est lisible ici https://actualitte.com/article/131872/scolarite/etienne-klein-perd-son-doctorat-apres-une-enquete-sur-le-plagiat-de-sa-these

Mais un citoyen avait fait un travail personnel, pour constater que, en usant d'un "logiciel anti-plagiat Compilatio", "Le résultat faisait apparaître « 64 % de similitudes »". En somme, le plagiat passait d'un fait, important mais minoritaire, à un fait tout aussi important, mais dominant.

Le mis en cause a publié une réponse. Dans celle-ci, intitulée, "Guillemets”, paraphrases et Chat-GPT" , Étienne Klein "dit avoir commencé à écrire il y a 36 ans, avec trois objectifs : dire sur la science des choses exactes, mieux faire connaître l’histoire des idées et des savants, et le faire dans une langue « limpide et élégante », aussi littéraire que possible". "Pour atteindre ce but, explique-t-il, il a beaucoup lu, « de façon boulimique », dans les sciences, la philosophie, la littérature et l’histoire. (...) Il affirme alors qu’à ses yeux, ces phrases étaient d’abord « vectrices de connaissances partagées » avant d’être « la propriété de leurs auteurs »." Un étrange argument. Admettons qu'une personne copie 60 à 70% d'un ouvrage d'Etienne Klein : l'auteur accepterait-il de considérer que ses phrases, étant des "vectrices de connaissances partagées", elles ne sont pas sa propriété ? Etienne Klein se dit "sidéré" : des millions le sont, comme lui. Sidéré : on imagine, puisque le "grand homme" tombe de son piédestal, et la réputation d'un homme est une part de ses capacités de sociabilité - un autre mis en cause, célèbre, mesure les effets de telles récriminations publiques contre lui.

Apparemment, Etienne Klein, réputé être informé en physique, paraît ne pas l'être sur le droit : non, il n'y a pas une « nouvelle jurisprudence », mais un droit d'auteur, qui interdit le plagiat. Le fait qu'il s'auto-définisse par une lutte contre "de fausses informations scientifiques", des "erreurs, mensonges et croyances infondées", ne l'autorisait, ne l'autorise pas, à laisser penser à des lecteurs qu'il est l'auteur de phrases/pensées.

D'une manière emblématique de tant de dirigeants politiques actuelles, le mis en cause dit "assumer pleinement", ce qu'il a fait. Il aurait même fait ce qu'il fallait faire. On est là aussi sidéré par la violence de la réponse du fautif, à l'égard de ceux qui, pourtant, ont les faits et le droit, pour évaluer ce qu'il a "fait". L'étape suivante est la victimisation : Etienne Klein serait victime de méchants censeurs. Les sophismes s'empilent : l'existence de l'IA générative, de ses effets, conduirait à se demander ce que "devient la notion même d’auteur dans un monde où une partie du travail intellectuel est remplacée par des calculs algorithmiques". Dans peu de temps, Etienne Klein va-t-il demander à être médaillé pour avoir été un précurseur, contre le droit d'auteur ?

Pour notre publication, nous avons : usé de guillemets, ajouté un lien, fait apparaître un lien. Est-ce si compliqué ? Non. Mais on comprend que, certains, dépourvus d'une intelligence personnelle suffisante, veuillent faire croire à des personnes ignorantes de, qu'elles pensent par elles-mêmes. C'est ce qui a permis à Etienne Klein d'acquérir un statut social, valorisé. Il est probable qu'il joue désormais une partition évidente. Il faudra voir qui, institutions, médias, organisations publiques, lui permettront de continuer à vivre sur ce statut, à monologuer, comme s'il était un penseur autonome, sérieux.

Mais si des praticiens du plagiat ont été repérés, mis en cause et parfois, sanctionnés pour ces pratiques, il faut constater que la pratique est massive, de la part de nombre des personnes influentes (politiques, intellectuels, journalistes, via des organes de presse, des maisons d'édition, etc). Elle est également massive dans les réseaux "sociaux", et là, de la part de trop de citoyens, de médias qui suivent ce qui se dit et se publie sur ces réseaux. Dans l'Histoire intellectuelle, le phénomène aura aussi été massif. En quoi est-il un problème ? Il revient à s'attribuer un propos, une idée, une argumentation, une image, une oeuvre. Il y a appropriation, "vol". Il est particulièrement édifiant qu'un Etienne Klein paraisse, à ce jour, inconscient, voire, négateur, de cette vérité, bien que, dans son cas, il l'ait donc pratiqué avec une telle force, pour un doctorat.