"L'Odyssée", une ode à l'Humanité souffrante
La première critique "argumentée" des guerriers et de la guerre
7/20/20262 min temps de lecture
A l'été 2026, le film de Christopher Nolan "L'Odyssée" paraîtra sur les écrans du monde. Des premières images, des premiers extraits, en ont été révélés, d'une bande-annonce jusqu'au prologue. Nolan, citoyen américain, lié à l'Etat le plus militarisé et le plus belliqueux du monde, comment a-t-il compris le récit homérique ? : comme d'un Ulysse-Rambo avant l'heure, comme d'une mise en image d'un traité militaire, à la Clausewitz - ou d'un récit humain sur les souffrances des guerriers causées par les guerriers ?
C'est que le propos homérique peut être perçu superficiellement : puisque les personnages principaux sont des guerriers, puisque certains de ceux-ci, ayant entrepris une guerre, sont parvenus à la "gagner", en détruisant la ville de Troie et toute sa population (un vrai populicide, cf. un autre texte déjà publié, Gaza/Troie), puisque le roi d'Ithaque, Ulysse, finit par retrouver son île, sa patrie, sa royauté, c'est donc que, "Homère", cette voix qui, via nous, conte l'histoire de l'errance de "Personne", est en empathie avec ce "héros", qu'il nous désigne comme tel, à l'admiration et à l'imitation. Mais Ulysse est bien plus et bien pire que le "rusé" : il est celui qui a permis aux Achéens d'entrer dans Troie, via son Cheval de bois, que les Troyens ont eu la folie de percevoir comme il le voulait, un "cadeau" fait à eux-mêmes et aux Dieux pour la résistance de la ville pendant 10 ans, et ce alors qu'une citoyenne de Troie, Cassandre, voyait clair dans le jeu d'Ulysse. Ulysse est le responsable et coupable d'un crime de masse, puisqu'il a offert à des guerriers qui échouaient à entrer dans la ville de Troie par leur "héroïsme", bravoure, de pouvoir y entrer par une grande porte, ouverte par des "embedded", pour utiliser un néologisme actuel. Or, dès le commencement du récit de la guerre de Troie dans "L'Iliade", le récit met en cause autant le Roi des Rois, Agamemnon, que son mercenaire le plus célèbre, Achille, chef des Myrmidons, qui se disputent comme des enfants pour ce qu'ils ont, ensemble, volé. Nous n'avons pas à faire à des guerriers qui défendent leur cité, mais à des pillards qui voulaient faire tomber Troie pour s'emparer de ses richesses. Avec "L'Odyssée", l'histoire devient hallucinatoire, parce qu'Ulysse ne parvient pas à revenir chez lui : la mort, celle que lui et les siens ont "donné" aux Troyens, celle que tant des siens ont trouvé sur le champ de bataille et lors du sac de la ville, est omniprésente, et Ulysse est ce rêve de vivre comme un Dieu sur une île, à distance des conflits humains. C'est dire à quel point les Dialogues de Platon, bien que connus pour leurs critiques envers des images, des assertions homériques, ont pour condition de possibilité ces récits, ce récit, dans la mesure où le propos structurel se définit par cette mise en scène de la petitesse intellectuelle et morale des guerriers, de leurs crimes, une critique de la domination des populations grecques, des cités, par ces sanguinaires, pas "poètes" pour un sou (leur mépris pour la poésie, les chants, ces "affaires de femmes"). Aujourd'hui, comme il y a 3000 ans, cette même critique, par Homère, puis par Platon, vaut, et elle concerne au premier chef les Etats-Unis.






