Platon, les esclaves - et nous, nous et les esclaves
1/9/20263 min temps de lecture
L'ampleur, l'importance de ce sujet, sont telles, que ce texte est le premier à être publié sur ce sujet. La partie, "Et nous, nous et les esclaves" sera donc publiée via les prochaines publications sur ce sujet.
"La problématique humaine de "l'esclavage" est bien connue, parce qu'elle est évidente : factuellement, chacun comprend ce que signifie, pour un être humain, de ne plus pouvoir agir comme il le veut, d'être obligé de servir un autre individu, ou plus, de dépendre de sa volonté, jusqu'à sa vie même. Concernant l'esclavage, des images se sont imposées : elles représentent clairement un esclavage (un être enchaîné, maltraité, exploité), mais elles simplifient ce que fut et ce qu'est le fait esclavagiste, dans son ensemble, dans ses différences, dans l'espace et dans le temps, de ses évolutions. Par exemple, aujourd'hui, l'esclavage peut encore exister, mais sans chaînes en fer. La motivation fondamentale de l'esclavage réside dans les services produits par les esclaves, au profit de leurs tuteurs. Là où il y a des besoins/désirs et là où il n'y a pas de production(s) adaptés pour, le chemin pour obtenir satisfaction est celui qui a tellement été suivi par les Grecs anciens, la guerre, le pillage et la mise en esclavage - à l'exception, remarquable et terrible, de Troie, totalement pillée, détruite, dont la population a été massacrée (cf. le texte publié sur ce site, Gaza/Troie). Celles et ceux qui ont étudié l'Histoire grecque, la culture des Hellènes, savent à quel point l'esclavage a été pratiquée massivement par ces peuples. Dans la langue grecque, plusieurs mots servaient à désigner de tels individus, selon leur statut : dans les temps plus anciens, il y eut le δμώς / dmốs, pour désigner des prisonniers de guerre; plus tard, il y a δοῦλος / doûlos, qui concerne la soumission de l'esclave au maître (y compris pour les enfants, eu égard aux adultes qui les entourent). Evidemment, pour Platon, le fait esclavagiste est un fait politique majeur, et, puisqu'il s'agit de penser une nouvelle cité grecque, débarrassée des maux et des injustices qui ont miné les cités historiques, il n'est pas possible de ne pas penser ce fait, de ne pas dire ce qu'il faut en penser et ce qu'il faut faire.
Dans "La « cité parfaite » de Platon et l'esclavage. (Sur République 433 d). In: Revue des Études Grecques, tome 83, fascicule 394-395, Janvier-juin 1970. pp. 26-37", Constantin Despotopoulos propose, en 12 pages, une thèse claire : " A l'appui de l'opinion suivant laquelle il n'existe pas d'esclaves dans la « cité parfaite » de la République de Platon, sont présentés par l'auteur des arguments relevant de la structure et la finalité de cette « cité ». Sans doute dans le texte de la République donné par la tradition manuscrite, il y a le passage 433 d 1-3 : καὶ ἐν παιδὶ καὶ ἐν γυναικὶ καὶ δούλῳ καὶ ἐλευθέρῷ καὶ δημιουργῳ καὶ ἄρχοντι καὶ ἀρχομένῳ. Mais les deux mots καὶ δούλῳ doivent avoir été, pense l'auteur, ajoutés par un copiste très ancien, à la suite d'un malentendu sur le sens du mot ἐλευθέρῷ dans ce passage. Le texte en devrait donc être rétabli, dans sa forme authentique, sans les deux mots intercalés : καὶ ἐν γυναικὶ καὶ ἐν παιδὶ, καὶ ἐλευθέρῳ καὶ δημιουργῷ, καὶ ἀρχοντι καὶ ἀρχομένῳ. Les arguments contraires que l'on pourrait vouloir tirer du passage 469c de la République ou de passages des Lois et du Politique sont également réfutés par l'auteur". Et le début de son texte l'est tout autant : oui, la cité juste de la République se révèle dans une "absence d'esclavage".
Mais comment passe t-on d'une réalité où l'esclavage est omniprésent à une possible réalité, que certains, précisément, définissent comme une utopie, par une telle absence ? Celle-ci est-elle la preuve que la dite cité est "utopique", dans le sens où certains mal entendent ce terme, autrement dit, impossible ? En fait, et cette "révolution"/réforme platonicienne a été insuffisamment explicitée comme telle, analysée et justifiée, la réduction/disparition de la pratique esclavagiste dépend de la finalité de la Cité, une cité qui n'est pas organisée pour faire la guerre à ses voisins, et parce que, dans une telle organisation, Platon explique à ses frères grecs que, pour s'en sortir, il faut travailler, comme le font déjà celles et ceux qui, par leur travail, donnent aux autres ce qu'ils n'ont pas, et que ce travail est un servage, une servitude, nécessaires, qui, lorsqu'il est suffisamment ample, rend inutile l'esclavage. Et, parmi les nouveaux travailleurs, les travailleurs qui vont devoir faire plus qu'auparavant, il y a, les gardiens : là où les Grecs anciens, guerriers, se contentaient de se préparer à protéger leurs cités par des exercices/efforts physiques, Platon démontre que les meilleurs gardiens, ce nouveau nom pour les guerriers, passe par le développement de leur intelligence, de leurs connaissances. Et pour cela, ils ne pourront chômer. Autrement dit : le projet est, en effet, de mettre fin à un esclavage, parce que les citoyens apprennent à travailler, produire, à se servir les uns les autres, les uns des autres, puisque, par le réseau de ces travailleurs, chaque citoyen a ses "esclaves", ses frères, producteurs. Mais il s'agit là d'un esclavage réciproque, et qui ne fait aucun mal aux "esclaves" concernés.
